Des jeunes utilisent déjà l’IA pour résoudre les problèmes de Cotonou. Photo : Celcom Mairie de Cotonou
Et si les prochaines solutions aux problèmes de Cotonou étaient déjà en train de naître dans les salles de classe ? C’est peut-être la principale leçon de la première session de Cotonou AI Academy. Soixante jeunes, issus de 19 collèges publics de la capitale économique béninoise, ont été plongés pendant dix jours dans l’univers de l’intelligence artificielle et de la robotique.
À la fin de l’immersion, neuf équipes ont présenté leurs projets. Aucun n’était présenté comme une solution définitive. Et c’est précisément ce qui rend l’expérience intéressante.
Partir du problème plutôt que de la technologie
Les jeunes n’ont pas commencé par se demander quelle technologie utiliser. Ils sont partis des problèmes qu’ils connaissent.
Comment permettre à une personne sourde de se déplacer plus facilement dans la circulation ? Comment aider une personne malvoyante à gagner en autonomie ? Comment savoir qu’une poubelle doit être vidée avant qu’elle ne déborde ? Comment faciliter le passage d’un véhicule d’urgence dans un carrefour ? Comment anticiper une inondation en croisant le niveau d’eau dans les caniveaux avec les prévisions météorologiques ?
Les questions posées donnent une indication sur la nature des projets. Trois des neuf équipes ont travaillé sur des problématiques liées au handicap. Certaines ont imaginé des solutions permettant aux personnes sourdes ou malvoyantes de se déplacer seules et en sécurité dans la circulation de Cotonou.
D’autres ont cherché à répondre à des problèmes urbains très familiers : la gestion des déchets, les embouteillages et les inondations. L’intelligence artificielle devient alors moins une fin qu’un moyen.
De la rue au prototype
Un autre projet s’est intéressé à l’agriculture, avec l’idée d’accompagner un producteur dans l’irrigation de son champ.
L’éducation n’a pas été oubliée. Une équipe a imaginé des coachs utilisant l’IA pour accompagner les élèves dans leur apprentissage. Mais les jeunes ont posé une condition particulièrement intéressante : l’intelligence artificielle ne doit pas penser à la place de l’enfant. Elle doit l’aider à trouver son propre chemin.
Cette exigence résume une question qui dépasse largement cette première promotion : comment utiliser l’IA pour augmenter les capacités humaines sans créer une dépendance à la machine ?
Le plus intéressant est peut-être ce qui vient après
Les neuf équipes avaient un point commun : aucune n’a considéré son projet comme terminé. Dans leurs présentations, les jeunes ont expliqué ce qu’ils avaient constaté, ce qu’ils avaient tenté de faire et ce qu’ils envisageaient pour la suite.
Cette capacité à se projeter est sans doute l’un des résultats les plus prometteurs de l’expérience. Car après dix jours, il ne fallait évidemment pas attendre des innovations prêtes à être déployées à grande échelle. L’objectif était de provoquer une première rencontre avec les technologies, de stimuler la curiosité et de faire émerger des vocations.
Et les premières idées montrent déjà quelque chose : lorsqu’on leur donne les moyens d’expérimenter, les jeunes peuvent partir de leur quotidien pour formuler des problèmes et imaginer des réponses.
Une génération qui ne veut plus seulement consommer
L’enjeu dépasse donc les neuf prototypes présentés. Pendant longtemps, la question du numérique a été posée en termes d’accès : avoir ou ne pas avoir un ordinateur, une connexion ou un smartphone.
Avec l’IA, une autre fracture se dessine : celle entre ceux qui utilisent les outils conçus ailleurs et ceux qui sont capables de les comprendre, de les questionner, de les adapter et de les utiliser pour résoudre leurs propres problèmes.
C’est dans cette deuxième catégorie que Cotonou AI Academy veut faire entrer ses jeunes. Un système capable d’anticiper les inondations à partir du niveau des caniveaux de Cotonou ne viendra probablement pas d’un laboratoire situé à des milliers de kilomètres de la ville. Il devra être imaginé par ceux qui connaissent cette réalité.
La première cohorte de Cotonou AI Academy vient peut-être de faire son premier pas dans cette direction. Les prototypes devront évoluer. Certains disparaîtront probablement. D’autres seront approfondis.
Mais une idée, elle, semble déjà avoir pris racine : un problème rencontré à Cotonou peut devenir le point de départ d’une innovation conçue à Cotonou.
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