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La France renoue avec son sous-sol : les dessous du « renouveau minier »

La France renoue avec son sous-sol : les dessous du « renouveau minier »

Longtemps associée à la fermeture de ses mines plutôt qu’à leur réouverture, la France cherche désormais à mieux connaître et, lorsque cela est économiquement et écologiquement possible, à exploiter certaines ressources de son sous-sol. Lithium, tungstène, cuivre ou encore terres rares sont au cœur de cette nouvelle stratégie. Le projet de lithium d’Imerys, à Échassières, dans l’Allier, en constitue l’un des symboles.

Longtemps associée à la fermeture de ses mines plutôt qu’à leur réouverture, la France cherche désormais à mieux connaître et, lorsque cela est économiquement et écologiquement possible, à exploiter certaines ressources de son sous-sol. Lithium, tungstène, cuivre ou encore terres rares sont au cœur de cette nouvelle stratégie. Le projet de lithium d’Imerys, à Échassières, dans l’Allier, en constitue l’un des symboles.

Un site de Kaolin en France (Ph : projet Emili)

Un site de Kaolin en France (Ph : projet Emili)

Pendant plusieurs décennies, la France métropolitaine a surtout vécu avec l’idée d’une industrie minière en déclin. Les grands bassins de charbon, de fer et de potasse ont progressivement fermé, sous l’effet notamment de coûts d’exploitation élevés, de l’épuisement ou de la moindre compétitivité de certains gisements et de la concurrence internationale. À la fin des années 1990, le Sénat décrivait déjà le déclin de l’activité minière française et les difficultés liées à la fermeture des grands bassins.

Cette histoire alimente aujourd’hui une idée largement répandue : la France serait dépourvue de ressources minières significatives et aurait définitivement renoncé à exploiter son sous-sol.

 

Un sous-sol longtemps moins exploré

La France dispose de ressources minérales, mais elle ne figure pas parmi les grandes puissances minières mondiales. Un rapport du Sénat datant de 1991 décrivait d’ailleurs le pays comme relativement pauvre en ressources minérales et fortement dépendant des importations.

 

Surtout, la connaissance du sous-sol français s’est progressivement dégradée. Le premier grand inventaire national des ressources minérales avait été réalisé par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) entre les années 1970 et 1995. Depuis, les besoins industriels ont profondément changé.

Le lithium, le cobalt, le graphite, le cuivre, le tungstène et certaines terres rares sont devenus des matières premières stratégiques pour les batteries, les réseaux électriques, les éoliennes, l’électronique ou encore certaines industries de défense.

 

En 2025, le BRGM a lancé un nouvel inventaire des ressources minérales françaises. Doté de 53 millions d’euros et prévu sur cinq ans, il doit permettre de rechercher une cinquantaine de substances stratégiques dans cinq grandes zones : l’ouest du Massif central, le Morvan-Brévenne, les Vosges, l’Occitanie-Cévennes et le nord de la Guyane.

Le changement est considérable. Il ne s’agit plus seulement de savoir ce que la Fran

ce possède dans son sous-sol, mais de déterminer quelles ressources pourraient présenter un intérêt industriel dans les décennies à venir.

 

Le lithium, symbole de cette nouvelle politique

Emmanuel Macron à Montluçon et Échassières dans l'Allier le mercredi 22 avril 2026 

Le cas le plus emblématique est celui du lithium. À Échassières, dans l’Allier, le groupe français Imerys développe le projet EMILI, à partir d'un gisement situé sous le site de kaolin de Beauvoir. La présence de lithium y est connue depuis plusieurs décennies, mais son exploitation n’était pas considérée comme économiquement pertinente à l’époque. Imerys a relancé les recherches à partir de 2015, dans un contexte de forte progression de la demande mondiale pour ce métal.

Le projet prévoit une mine souterraine, une usine de concentration et une usine de conversion du lithium. Imerys vise une production annuelle de 34 000 tonnes d’hydroxyde de lithium, soit, selon l’entreprise, l’équivalent des besoins de quelque 700 000 véhicules électriques par an. La mise en production est envisagée à l’horizon de la fin de 2028.

 

Le projet ne constitue toutefois pas encore une mine française de lithium en activité. Il s'agit d'un projet industriel en cours d'instruction et de développement. En novembre 2025, le Conseil général de l'économie a notamment rendu un avis sur la demande de concession de Beauvoir, dans le cadre du nouveau dispositif d'analyse environnementale, économique et sociale prévu par la réforme du code minier.

Le 22 avril 2026, Emmanuel Macron s'est rendu à Échassières et a inauguré la mine de lithium d'Imerys dans le cadre du dispositif gouvernemental d'accélération des projets industriels stratégiques. Cette étape politique ne signifie pas pour autant que l'exploitation commerciale du gisement a déjà commencé : l'entrée en production reste programmée à l'horizon 2028.

 

L'Alsace, autre laboratoire du lithium français

Le lithium français ne se trouve pas uniquement dans les roches du Massif central. En Alsace, plusieurs entreprises étudient une autre méthode : récupérer le lithium contenu dans les eaux géothermales profondes.

Le principe consiste à pomper une eau chaude présente dans les profondeurs du sous-sol, à en extraire le lithium, puis à réinjecter l'eau dans le réservoir géothermal.

 

Plusieurs permis de recherche et projets existent dans le nord de l'Alsace. Deux centrales géothermiques profondes fonctionnent déjà à Soultz-sous-Forêts et à Rittershoffen, tandis que plusieurs projets d'extraction de lithium sont à différents stades d'avancement.

Cette voie suscite cependant des interrogations. Les autorités et les habitants s'interrogent notamment sur les effets cumulés de la multiplication des projets : évolution de la ressource géothermale, qualité des eaux, volumes réinjectés et risques sismiques. Une commission de suivi des sites doit notamment permettre de renforcer le dialogue entre opérateurs, pouvoirs publics, collectivités et populations.

 

 Une stratégie qui dépasse le seul lithium

L'objectif est plus large. Il s’agit de retrouver une capacité d'exploration du sous-sol et identifier les ressources susceptibles de réduire la dépendance française et européenne aux importations.

Le nouvel inventaire du BRGM porte ainsi sur des dizaines de matières considérées comme stratégiques ou critiques. Les premières campagnes utilisent des moyens modernes de géophysique, des prélèvements géochimiques et, pour l'interprétation des données, des outils numériques et d'intelligence artificielle.

 

Cette stratégie répond aussi à un changement de contexte international. L'Union européenne cherche à réduire sa dépendance à l'égard de quelques fournisseurs mondiaux de matières premières critiques. Le règlement européen sur les matières premières critiques, entré en vigueur en 2024, pousse les Etats membres à développer leurs capacités d'exploration, d'extraction, de transformation et de recyclage.

Pour Paris, l'enjeu est donc autant industriel que géopolitique : disposer de ressources nationales ou européennes permettrait de réduire certaines vulnérabilités des chaînes d'approvisionnement.

 

Cette nouvelle orientation s'accompagne d'une évolution du cadre juridique. La réforme du code minier issue notamment de la loi « Climat et résilience » de 2021 renforce la prise en compte des dimensions environnementales, économiques et sociales dans l'attribution ou la prolongation des titres miniers. Les textes d'application publiés en août 2025 ont notamment finalisé ce dispositif.

Ils permettent aussi d'étendre la durée des permis exclusifs de recherche de cinq à quinze ans, tout en renforçant la participation du public et la consultation des collectivités territoriales.

 

Entre souveraineté industrielle et acceptabilité locale

C'est probablement là que se situe le principal paradoxe du renouveau minier. La transition énergétique suppose davantage de métaux. Une voiture électrique, une batterie, une éolienne ou un réseau électrique nécessitent des matières premières qui doivent bien être extraites quelque part. Mais ouvrir une mine, même au nom de la transition écologique, entraîne des transformations du territoire, une consommation de ressources et des risques environnementaux qu'il faut évaluer.

Le projet EMILI en donne une illustration. Après le débat public organisé sous l'égide de la Commission nationale du débat public, Imerys a annoncé plusieurs engagements concernant notamment l'intégration territoriale du projet, la réduction de certains usages de produits chimiques et la poursuite des études environnementales.

 

Le groupe affirme également vouloir recycler une grande partie de l'eau utilisée dans le processus industriel et privilégier le transport ferroviaire pour limiter le recours aux camions. Ces éléments relèvent toutefois des engagements et des choix techniques du porteur du projet et devront être appréciés à l'aune des études réglementaires et du contrôle des autorités.

 

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