Rayan Seton Egbogbé, Premier au Bac 2026 au Bénin avec 18,80 de moyenne
À cœur ouvert avec le premier au Bac 2026 au Bénin. Vendredi 7 août 2026. Le soleil darde de frêles rayons sur la ville métropole du Bénin. Cela lui confère un temps beau et clément.
Pendant que les aiguilles de l’horloge frôlent les derniers instants de 9 heures, nous entrons dans le collège catholique Saint Jean-Baptiste. Bien que nous soyons en vacances scolaires, ici la petite école ne dort pas. Elle est bien éveillée. À l’étude, des élèves pensent ardemment. Dans les salles de classe, apprenants et enseignants mettent les bouchées doubles pour maîtriser quelques notions avant la rentrée scolaire fixée au 14 septembre 2026 par les autorités en charge de l'éducation au Bénin. Ici, l’heure est aux cours de vacances. Mais celui que nous rencontrons sur les lieux n’en a plus besoin. Son nom: Rayan Seton Egbogbé.
Premier au Bac 2026 avec 18,80 de moyenne, cette fierté du collège catholique Saint Jean-Baptiste retrouve les bancs de son établissement pour se confier à Banouto. Cela fait exactement une semaine qu'il a reçu les honneurs de la Nation à travers la Grande Chancellerie des Ordres nationaux, pour sa performance au Bac 2026. Pour nous rencontrer, il n’a pas pu s'empêcher d’orner sa chemise de la médaille “Prix du grand maître”. Cette distinction qui sied bien à sa chemise multicolore bien repassée lui a été décernée, vendredi 31 juillet 2026, lors de la cérémonie nationale du Mérite et de la Mémoire.
Pour notre rendez-vous, Rayan Seton Egbogbé n’est pas seul. Il s’est fait accompagner par son père. Les deux nous sont présentés par l'abbé Rolland Adjalian, directeur du Collège. Une fois les civilités terminées, le major national du premier diplôme universitaire, session de juin 2026, se met à disposition pour l’entretien. « Je suis à vous », lance-t-il, ajustant ses verres. Entretien.
Banouto: Vous sortez major au bac 2026 au Bénin au terme de neuf mois de travail, d'abnégation et de rigueur. Comment vivez-vous ce moment ?
C'est un sentiment nouveau que je vis avec beaucoup d’humilité. C'est plus un sentiment de reconnaissance et de gratitude. Parce qu'en toute chose, il faut remercier ceux qui nous ont aidés. C'est aussi un sentiment de fierté pour moi parce que je l'ai fait pour mes parents, je l'ai fait pour toute ma famille. Et il y a aussi mes amis qui ont compté sur moi, mon collège qui a compté sur moi. Et donc c'est vraiment bien de leur avoir rendus fiers.
Vous avez été distingué pour votre performance au Bac 2026 lors de la cérémonie nationale du Mérite et de la Mémoire qui s'est déroulée vendredi 31 juillet 2026 à Cotonou. Qu'est-ce que ça fait de recevoir les honneurs de la nation et d'être distingué par la vice-présidente de la république?
Comme je l'ai dit, depuis quelque temps, tout est nouveau pour moi. Donc la distinction aussi vient renforcer ce sentiment de fierté. C'est bon quand on voit que la nation reconnaît notre travail comme ça, allant de tous les départements et encourageant les meilleurs élèves comme ça. Il y en a qui n'ont pas pu être décorés par la nation, mais qui sont aussi très bons. J'aimerais les inviter à continuer dans cet élan.
Comment êtes-vous parvenu à avoir 18,80 de moyenne ?
Je me suis donné des routines de travail, de repos et de divertissement, parce que c'est bien de travailler, mais c'est aussi bien de se détendre.
Quelles sont ces routines de travail ?
Je travaille beaucoup en semaine. Je peux travailler pendant une certaine période et me reposer durant une autre période. Généralement, je fais tout pour être en avance sur le cours, en classe.
Quelle est votre méthodologie de travail ?
Je cible principalement les périodes d’examen et je me concentre plus sur ce que je n'ai pas compris ou sur ce que j'ai à améliorer. Je vois les probabilités que certaines choses sortent, je vois les tendances et comment ça a été pendant les années antérieures. Je me suis aussi inspiré des premiers au bac des éditions précédentes et de tous ceux qui ont réussi.
Comment étaient organisés vos week-ends au cours de l’année scolaire ?
Le samedi je vais au TD (travaux dirigés, Ndlr) de 7h à midi. Quand je rentre, je me couche, je me repose normalement. Puis dans la suite de la journée et du dimanche, j'anticipe sur les matières de la semaine à venir.
Quelles sont les matières dans lesquelles vous avez eu de meilleures notes ?
J'ai eu de meilleures notes en mathématiques, en études de cas, en droit, en anglais… je dirai pratiquement dans toutes les matières.
En mathématiques, j'ai eu 20.
En études de cas, qui est la comptabilité, j'ai eu 20.
En droit, j'ai eu 19.
En économie, j'ai eu 19.
En anglais, j'ai eu 18.
Et en français, j'ai eu 14.
Est-ce que vous avez des répétiteurs à la maison ?
Non, je n'ai pas de répétiteur à la maison mais j'ai mes enseignants, monsieur Nicolas Aholou, monsieur Yédomon, monsieur Soumavo, monsieur Bertrand Affodjeto, monsieur Houngbénou Elisée, tous ceux-là m'ont aidé en matière de conseils, discipline, organisation, travail, renforcement, tout et tout. Monsieur Aholou, monsieur Soumavo et monsieur Houngbénou sont trois professeurs qui m'ont beaucoup aidé pour la comptabilité depuis la classe de seconde où j'ai décidé de choisir la série G2.
Dans vos propos, on comprend tout de suite que la préparation a commencé bien avant la classe de terminale. Parlez-nous justement de votre parcours scolaire jusqu'ici. Est-ce que vous avez toujours été premier?
Au primaire, je n'étais pas le plus brillant de l'école. Je faisais tout pour m'en sortir comme tout le monde. C’est au secondaire que j'ai décidé de prendre vraiment la mesure des choses. Je me suis dit qu'il y avait le BEPC (Brevet d’étude du premier cycle, Ndlr) et le baccalauréat qui étaient des examens importants qui pouvaient tout relancer.
Au BEPC, j'ai fini avec une moyenne de 17,72. J'aurais aimé avoir plus. J'ai choisi la G2 au lieu de la C parce que je me sentais plus à l’aise avec cette série-là qu'avec toutes les autres.
J'ai passé l’examen du CAP en première. J'ai eu 18,33 et j'ai fini 7ᵉ au plan national. Au Bac , j'ai eu la moyenne que tout le monde connaît désormais: 18,80. De la seconde en terminale, je n'ai jamais eu moins de 17 de moyenne.
Vos parents travaillent dans quel secteur et quel rôle ont-ils joué tout au long de l’année scolaire ?
Mon papa est juriste et enseignant de droit. Mes parents m’ont beaucoup soutenu et ont cru en moi. Ils ont joué la plus grande partie du jeu. J'aime tous ceux qui ont prié pour moi, je les remercie beaucoup.
Quels sont vos loisirs au cours de l'année ?
Je joue aux jeux vidéo pendant l'année scolaire. Mais c'est vraiment une cadence que je me fixe. J'utilise beaucoup les réseaux sociaux pour les recherches. J'aime beaucoup la politique. Ce qui fait que je suis l'actualité politique durant l'année scolaire, ça me permet vraiment de déstresser.
Je suis également les grandes figures qui ont marqué mon domaine d'économie et de gestion. J'aime beaucoup une économiste qu'on appelle Kristalina Georgieva, qui est directrice générale du Fonds monétaire international (FMI).
Je suis aussi beaucoup de modèles africains, comme Okonjo Ngozi, qui était ministre de l'Économie et des Finances du Nigéria (actuelle directrice générale de l’OMC: Organisation mondiale du commerce, Ndlr).
Donc, je suis une personne qui aime beaucoup apprendre. En classe, mes amis m’appellent le logiciel ou encore le geek (personne passionnée par un ou plusieurs domaines précis, le plus souvent l'informatique, les nouvelles technologies, les jeux vidéo, la science-fiction ou les cultures de l'imaginaire, Ndlr).
Vous aviez dit que vous êtes sur les réseaux sociaux. Cela sous-entend que vous avez un téléphone portable. Cela ne vous empêche-t-il pas d'apprendre ?
J'ai un téléphone portable et je regarde aussi la télé au cours de l'année. Mais, cela ne m'empêche pas d'apprendre. Je ne pense pas qu'il y ait des outils qui freinent le développement et la croissance d'un enfant, à condition d'être bien gérés et d'être bien suivis. Si chacun prend conscience de ce qu'il a à faire, je ne pense pas qu'il y ait des outils qui l'empêchent d'évoluer.
Est-ce que les parents ne vous rappellent pas parfois à l'ordre en disant : « Ah, Rayan, tu es trop focus sur le téléphone, trop scotché à la télé » ?
Je pense que l'important, c'est de faire confiance à l'enfant. Et c'est cette confiance qui m'a peut-être aidé à évoluer. Mes parents ne m'ont jamais dit : « Rayan, va apprendre, va apprendre, va apprendre », parce qu'ils savent que je sais là où je veux aller. Ils savent que je me suis fixé des objectifs. Je suis quelqu'un de très, très ambitieux. Je ne veux pas me permettre de rester scotché à mon téléphone au point de laisser mes études.
Quels sont vos projets d’études supérieures ?
L'expertise comptable ou la gestion des risques, je pense aussi à m’orienter vers la finance quantitative parce qu'aligner informatique, gestion, économie, ce sont des trucs qui me plaisent vraiment.
Pendant l’année scolaire, j’ai pris des cours de programmation sur Internet. Malgré que j’étais en série G2, le collège m'a fait confiance et j'ai participé à des concours de robotique et d'IA en équipe. Ensemble, on a fini cinquième au plan national.
De façon précise, quel métier envisagez-vous d’exercer plus tard ?
Je vous ai parlé de mes modèles Kristalina Georgieva et Okonjo Ngozi. Même le président Romuald Wadagni (expert-comptable de renommée internationale et ministre de l'Economie et des Finances du Bénin de 2016 à 2016, Ndlr) , c’est une personnalité que je suivais depuis que j'ai commencé la série G2. Et donc, j’envisage travailler dans l'innovation internationale ou une carrière d’expert-comptable pour finir par travailler à la BCEAO, au FMI, à la Banque mondiale, etc.
Où est-ce que vous souhaitez poursuivre vos études ? Est-ce au Bénin ou à l’extérieur ?
C'est ce qui va plus me propulser que je recherche. Si c'est à l'extérieur que j'aurai plus de chance de travailler dans les institutions dont j'ai parlé. (…) Oui, j'aimerais beaucoup voyager, aller à l'extérieur.
J'ai toujours rêvé, depuis la classe de 6ᵉ, de faire des universités de l’Ivy League situées aux États-Unis. On parle des huit (08) meilleures universités du monde. (L'Ivy League est un groupe de huit universités privées très sélectives : l'Université Harvard, l'Université Yale, l'Université de Princeton, l'Université Columbia, l'Université Brown, l'Université Cornell, le Dartmouth College et l'Université de Pennsylvanie, Ndlr)
Donc pourquoi ne pas aller aussi à l’École supérieure de commerce de Grenoble, qui est le bastion des esprits comptables. Le président Romuald Wadagni a aussi pris par là.
Mais si au Bénin aussi j'ai la chance de poursuivre mes études pour atteindre ce haut niveau, pourquoi ne pas continuer au Bénin ? C'est vrai que j'ai un petit penchant pour l'international, mais je ne suis pas contre notre système éducatif qui s'améliore de jour en jour.
Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes candidats qui rêvent eux aussi de décrocher le Bac et d’être major de leur promotion ?
Je vais leur donner les mêmes conseils que le chef de l'État nous avait donnés lors de la cérémonie nationale du Mérite et de la Mémoire. Il a parlé de l'éthique, de discipline et de l'organisation. Ce sont des choses qui vont de pair. Il ne faut pas se laisser distraire par des futilités.
Interview réalisée par Erwane Oliyidé
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