Madano, artiste béninois
C’est un délice musical que Madano sert aux mélomanes à travers le titre “Fâ”. Extrait de son Extended Play (EP) de 6 titres baptisé “Racine d’une étoile”, Fâ est un cocktail de rythmes africains, sonorités latines et instruments aux accents presque orchestraux.
La guitare basse, jouée avec précision, apporte au morceau une texture organique et une couleur retro-moderne qui ressassent la basse des chansons “Agbando”, “un beau jour”, “Bamba Loki” de l’inoubliable Robinson Sipa.
Détecté par Banouto dans le logiciel de musique FL Studio, le morceau de 3 min affiche un tempo de 105 BPM. Une cadence légèrement rapide qui, portée par les percussions afrobeat et les mélodies dominées par la trompette, entraîne l’auditeur bon gré mal gré. Impossible ou presque d’écouter le morceau sans esquisser quelques pas de danse ou à défaut remuer la tête au rythme du beat.
Mais derrière cette énergie festive se cache une construction musicale particulièrement soignée. Tout au long du morceau, des chœurs féminins à la voix suave, placide et envoûtante viennent envelopper les couplets de Madano.
Dès le premier couplet, l’artiste peint le tableau d’une société où la réussite personnelle provoque parfois frustration et rivalité plutôt qu’admiration. « Pourquoi tu envies mes succès ? Donc tu me jalouses ? », chante-t-il en Fon. Madano oppose à cette jalousie un appel à davantage d’amour et de bienveillance. « Pourquoi tu ne me montres pas de l’amour ? », interroge-t-il.
Le pré-refrain prend ensuite des allures de sagesse populaire. « Chercher l’argent n’est pas chose aisée », confirme l’artiste. Pour avoir la confirmation, « consulte le Fâ si tu le veux », ajoute-t-il, sans doute à l’endroit des amateurs de l’argent facile.
Le jeune artiste de 30 ans formule ensuite le vœu que chacun puisse au moins avoir de quoi subvenir à ces besoins dans ce monde marqué par des inégalités sociales. «Chercher l'argent n'est pas chose aisée. Pourtant, certains en ont plein la poche. Que chacun ait le minimum pour boire de l’eau glacée», souhaite-t-il.
Des souhaits, il en formule également dans le refrain. « Que la paix soit dans les demeures et que les portes s’ouvrent », chante l’artiste de façon répétée.
Le deuxième couplet pousse davantage la réflexion que le premier. Madano y évoque le temps qui passe, la course quotidienne et le prix humain de l’argent gagné. « On n’a jamais le temps, mais est-ce que cela vaut l’argent qu’on gagne ? », questionne-t-il.
L’artiste parle ensuite du besoin de ralentir malgré les obligations. « Parfois je suis occupé, tellement occupé. Et quand je me heurte, je fais doucement, lentement », confie-t-il avant de conclure sur une demande de pardon et un appel à la symbiose.
«Si je t’ai fait du tort, pardonne-moi J’aimerais qu'on vive en symbiose et qu'on trinque à la vie», chante l’ancien sociétaire du label Djabigan Entertainment de Tyaf.
L’hommage à Gnonnas Pedro
À 2 minutes 10 secondes du morceau, Madano lance un « Africando ! » avant que la cadence afrobeat ne laisse progressivement place à des sonorités salsa.
Le passage agit comme un hommage assumé à Gnonnas Pedro, figure emblématique de la salsa africaine décédée le 12 août 2004 à Cotonou des suites d’un cancer de la prostate à l’âge de 61 ans.
Interviewé par Banouto, Madano explique avoir ressenti le besoin de saluer l’héritage de l’icône Gnonnas Pédro.
L’artiste explique également avoir été inspiré par la capacité de Gnonnas Pedro à faire de la salsa tout en restant profondément attaché à sa culture et à sa langue maternelle.
«J'ai voulu revenir à mes racines»
Madano indique par ailleurs sa volonté de retouner aux sources en chantant en langue nationale Fon mais aussi en reconnectant musique moderne et identité culturelle à travers le titre Fâ.
« J’ai voulu revenir à mes racines. Je suis béninois. J’ai des origines nigérianes. Je fais de la musique comme tout le monde mais après ce qui résonne le plus pour moi c’est le message qu’on envoie », a-t-il confié à Banouto. « Si c’était possible, j’allais chanter en Yoruba qui est ma langue maternelle », ajoute-t-il.
Dans « Fâ », cette volonté de retour aux sources passe autant par les paroles que par les arrangements musicaux.
Le Fâ comme boussole spirituelle et quête de paix
Sous ses airs festifs et dansants, le titre « Fâ » de Madano s’ancre également dans une dimension symbolique enracinée dans les traditions béninoises. Le Fâ renvoie en effet à l’art divinatoire pratiqué au Bénin, utilisé pour interroger l’avenir, orienter les choix et éclairer les chemins de vie.
Depuis quelques années déjà, l’État réunit les grands prêtres du Fâ, appelés bokonons, aux Vodun Days, pour consulter le Fâ afin de déterminer sous quels signes le Bénin vibrera au cours de l’an.
Au-delà de cette dimension spirituelle, le mot « Fâ » peut signifier la paix. Une paix intérieure et collective que l’artiste semble appeler de ses vœux à travers tout le morceau.
Dans cette double lecture, le titre dépasse le simple cadre musical. Il devient à la fois une référence culturelle et une aspiration universelle.
Révélé au grand public grâce au titre « Les choses de l’amour », dont le clip officiel sorti en mars 2022 cumule aujourd’hui plus de 10 millions de vues sur YouTube, Madano poursuit progressivement son ascension dans l’univers musical béninois.
L’artiste a récemment collaboré avec le célèbre chanteur de la musique urbaine Fanicko sur le titre “Sweet Vanila” dont le clip, mis en ligne en février 2025, dépasse actuellement les 5 millions de vues sur YouTube.
Concernant « Fâ », Madano affirme que les premiers retours sont encourageants. « Les gens aiment bien déjà. On aime bien les retours. Le reste, c’est dans les mains de Dieu », conclut-il.
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