Un champ de maïs
1- La mise en place des ATDA
Pour mettre en œuvre ses réformes dans le secteur de l’agriculture au Bénin, le régime du président Talon a d’abord misé sur la structuration de l’administration technique et décentralisée. En 2017, le gouvernement à travers le ministère de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche a mis en place l’Agence territoriale de développement agricole (ATDA) dans les zones agricoles qui prennent en compte les onze départements du pays. Cette structure technique décentralisée a remplacé les CADER (Centre d'action régionale pour le développement rural). Disposant des cellules dans chacune des communes du Bénin, l’ATDA est chargé de régulariser, contrôler et appuyer les producteurs dans les différentes filières agricoles.
Chaque ATDA, à travers son Pôle de développement agricole, valorise une filière phare de son territoire agricole ainsi que plusieurs autres productions secondaires. En dehors des appuis techniques, les subventions et les projets et programmes du gouvernement ont permis de soutenir les producteurs pour de meilleurs rendements. Ces mécanismes ont permis d'améliorer les systèmes de production dans les différents zones agricoles en boostant plusieurs productions dont le coton, le soja et le maïs.
Les ATDA ont bénéficié des Plans stratégiques de développement agricole (PSDA). Les PSDA s'articulent autour du Plan stratégique de développement du secteur agricole (PSDSA) et du Programme d'action du gouvernement (PAG). Selon le gouvernement, ils visent à assurer la souveraineté alimentaire et à transformer l'agriculture en un puissant levier économique à l'exportation. Plusieurs autres documents ont été mis à la dispositions des techniciens agricoles notamment les plans nationaux stratégiques d’investissement agricole et de sécurité alimentaire et nutritionnelle (PNIASAN). Ces plans sont des cadres de référence, déclinés par les gouvernements africains pour moderniser l'agriculture. Ils ont également pour objectifs de contribuer à éradiquer la faim, garantir la sécurité nutritionnelle et stimuler une croissance économique inclusive.
Grâce à ces projets et programmes, le Bénin est devenu le premier producteur et exportateur de coton en Afrique et a amélioré sa production dans plusieurs filières agricoles. Pour la campagne 2025-2026, la production de coton graine est évaluée à près de 647 000 tonnes. Selon les prévisions pour l’année 2026/2027, le gouvernement cible une production de 700 000 tonnes de coton graine avec une productivité estimée à environ 0,73 tonne par hectare. Selon les chiffres de l’INSTaD, le pays est passé de 2 109 384 tonnes de production de céréales en 2018 à 2 737 481 en 2023.
Aussi, faudrait-il le souligner, le Bénin s’est révélé au monde par ses performances dans le secteur agricole. Avec la mise en œuvre du Programme détaillé de développement de l’agriculture en Afrique (PDDAA), le Bénin a fait un progrès de 66% sur la décennie 2015-2024 et est classé premier pays dans l’espace de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et cinquième (5è) Nation africaine.
2- Interdiction d’exportation des produits tropicaux et vivriers
Le gouvernement du Bénin a mis un embargo sur l’exportation du soja et de la noix de cajou ainsi que des produits vivriers. A travers le décret N° 2022-568 du 12 octobre 2022, le gouvernement Talon a interdit la sortie du soja et la noix de cajou vers les destinations étrangères. Par le même document l’Exécutif a fixé de conditions de cession de ces produits. La nouvelle réglementation contraint désormais les producteurs à vendre leur récolte à la zone industrielle de Glo-Djigbé et aux industries locales.
Pour la campagne de commercialisation édition 2022, le gouvernement avait fixé le prix plancher de la noix de cajou à 350 FCFA/kg. Cette décision a suscité des remous au sein de la population, notamment chez les producteurs de ces produits. D’aucuns avaient estimé que leur production leur est récupérée contre leur gré, moyennant une rémunération jugée insuffisante, surtout comparée aux prix pratiqués dans les pays voisins.
Quant aux produits vivriers, le gouvernement avait aussi interdit l’exportation du maïs, du manioc et leurs dérivés en mai 2024. Cette mesure avait été prise après l’augmentation du prix du maïs de plus de 50% pour atteindre 400 francs CFA au plus haut. Selon le gouvernement, l’objectif de la mesure est de prévenir les risques de pénurie alimentaire et de stabiliser les prix des produits de première nécessité. Comme pour le soja et la noix de cajou, cette décision a également créé un tollé au sein des producteurs. Mais après quelques mois, soit en juin 2025, la mesure a été levée pour le bonheur des producteurs et exportateurs. Cette mesure conernait également le riz béninois.
3- Promotion agroalimentaire et transformation locale
Le Bénin a abandonné de façon progressive une agriculture centrée sur la production brute pour promouvoir les chaînes de valeur agricole. C’est ainsi que le régime de Patrice Talon a fait de la transformation locale une priorité avec la mise en place des Zones économiques spéciales (ZES). La création de la Zone économique spéciale de Glo-Djigbé (GDIZ) illustre cette volonté de l'État de transformer une bonne partie de la production locale. En 2025, dix-huit unités industrielles étaient opérationnelles dans les secteurs du textile, de l’agro-industrie, des emballages et des matériaux de construction.
Le coton, le soja et le cajou sont les matières premières priorisées dans la transformation. Cette politique de développement économique à amener le gouvernement de Patrice Talon à interdire l'exportation de matières premières brutes notamment le soja et le cajou. Cette décision vise à favoriser la transformation sur place, générant ainsi plus de valeur ajoutée et d'emplois.
4- Le coup de fouet pour la mécanisation agricole
La politique agricole et la recherche de résultats ont facilité la mise à disposition des équipements agricoles aux producteurs. Grâce à des subventions de l’État de 40% à 50% du coût d'achat, la Société nationale de mécanisation agricole (SoNaMa) fournit des tracteurs, motoculteurs des pulvérisateurs, moissonneuses-batteuses, kits d'irrigation ainsi que divers accessoires de maintenance aux producteurs.
Le gouvernement a favorisé également l'implantation d'unités de montage de machines agricoles sur le territoire national pour réduire les coûts logistiques et garantir la disponibilité des pièces de rechange. A travers le Programme national de développement de la mécanisation agricole, le gouvernement vise à promouvoir une mécanisation agricole rationnelle et adaptée au niveau des opérations de production, de récolte et post-récolte. La mise en œuvre du programme couvre la période de 2017 à 2026 pour un budget estimatif de 43 milliards de FCFA.
5- La sécurité sanitaire des aliments
Le gouvernement de Patrice Talon a fait de la sécurité sanitaire des aliments une préoccupation majeure durant ses 10 ans. Et pour veiller à la mise en œuvre de cette réforme, l'exécutif a mis sur pied l' ABSSA (Agence Béninoise de Sécurité Sanitaire des Aliments). L’agence veille à l'innocuité tout au long de la chaîne alimentaire en imposant des contrôles stricts et l'Autorisation de mise sur le marché (AMM) pour les produits agroalimentaires.
Le Laboratoire Central de Contrôle de la Sécurité Sanitaire des Aliments (LCSSA) a été également créé. Ces structures sous l’égide du ministère de l’Agriculture, de l’élevage et de la pêche ont travaillé à la certification de l’ananas béninois : le "pain de sucre". L'ananas "Pain de Sucre" du plateau d'Allada au Bénin a bénéficié d'une certification officielle en Indication Géographique Protégée (IGP). Délivrée par l'Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI), cette labellisation garantit son origine géographique, son goût naturellement sucré et ses méthodes de culture traditionnelles.
L’ananas Pain de sucre s'est taillé une place de choix sur le marché européen, se positionnant comme un produit exotique "premium" très recherché pour sa chair blanche, son absence d'acidité et sa très haute teneur en sucre.
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