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Patrice Talon en 10 ans : 04 taches noires dans la modernisation du sport béninois

Patrice Talon en 10 ans : 04 taches noires dans la modernisation du sport béninois

Durant les dix années de gouvernance de Patrice Talon, le sport béninois a connu plusieurs réformes et annonces présentées comme des leviers de professionnalisation. Entre infrastructures promises, restructuration du football et programmes de détection des talents, les ambitions affichées étaient élevées. Pourtant, plusieurs projets majeurs n’ont pas abouti ou continuent de produire des résultats limités. Retour sur quatre dossiers qui ont marqué les limites de la politique sportive du régime de la rupture.

Durant les dix années de gouvernance de Patrice Talon, le sport béninois a connu plusieurs réformes et annonces présentées comme des leviers de professionnalisation. Entre infrastructures promises, restructuration du football et programmes de détection des talents, les ambitions affichées étaient élevées. Pourtant, plusieurs projets majeurs n’ont pas abouti ou continuent de produire des résultats limités. Retour sur quatre dossiers qui ont marqué les limites de la politique sportive du régime de la rupture.

Le sport faisait partie des secteurs stratégiques annoncés par le gouvernement de Patrice Talon dès le début de son premier mandat. Modernisation des stades, création d’académies, professionnalisation des clubs et restructuration de la gouvernance sportive figuraient parmi les priorités affichées. Dix ans plus tard, plusieurs acteurs du football et du mouvement sportif continuent d’interroger les résultats obtenus.

 

1. L’interminable dossier du stade de l’Amitié Général Mathieu Kérékou

 

L’une des principales attentes du monde sportif béninois sous le régime de Patrice Talon concernait la modernisation des infrastructures sportives, notamment la mise aux normes internationales du stade de l’Amitié Général Mathieu Kérékou de Cotonou.

 

Dès son arrivée au pouvoir en 2016, le gouvernement avait engagé un vaste programme de rénovation de cette enceinte sportive emblématique grâce à la coopération entre le Bénin et la Chine. Les travaux avaient permis de moderniser plusieurs installations du stade afin de répondre aux exigences de la Confédération africaine de football (CAF) et de la FIFA.

 

À la suite de cette rénovation, le stade de l’Amitié Général Mathieu Kérékou a accueilli plusieurs rencontres internationales de haut niveau. L’infrastructure avait notamment servi de cadre à des matchs des éliminatoires africaines ainsi qu’à la finale de la Coupe de la Confédération de la CAF en 2021 entre JS Kabylie et Raja Club Athletic.

 

À l’époque, les autorités sportives béninoises présentaient cette rénovation comme le symbole du renouveau des infrastructures sportives nationales. « Le Bénin dispose désormais d’un stade moderne capable d’accueillir de grandes compétitions », déclarait Oswald Homéky alors ministre des sports au terme des travaux. Mais quelques mois plus tard, le stade a de nouveau été confronté aux exigences techniques de la CAF et de la FIFA. Les deux instances ont finalement retiré son homologation à l’infrastructure à cause de plusieurs insuffisances constatées, notamment au niveau de la pelouse et de certaines installations techniques.

 

Cette décision a plongé le football béninois dans une nouvelle crise infrastructurelle. Depuis ce déclassement, le gouvernement a relancé d’importants travaux pour remettre le stade aux normes internationales. Plusieurs annonces ont été faites sur la reprise des chantiers et l’amélioration des installations. Cependant, les travaux peinent toujours à s’achever complètement. Cette situation continue d’avoir des conséquences directes sur les différentes sélections nationales du Bénin.

 

Les équipes nationales de catégories d’âge sont contraintes de recevoir leurs adversaires au Togo, tandis que l’équipe nationale senior dispute ses matchs officiels en Côte d’Ivoire, faute de stade homologué disponible sur le territoire béninois.

 

2. Les académies départementales et nationales restées au stade d’annonce

 

Parmi les projets les plus ambitieux annoncés sous le régime de Patrice Talon figure la création d’académies sportives départementales et nationales destinées à structurer la détection et la formation des jeunes talents béninois. Le projet avait été porté publiquement par l'ex-ministre Oswald Homéky. Le gouvernement annonçait la mise en place d’un vaste réseau de centres de formation modernes capables d’encadrer les jeunes athlètes dès le bas âge dans plusieurs disciplines sportives, avec un accent particulier sur le football.

 

Lors de différentes sorties médiatiques, Oswald Homéky présentait ces académies comme un levier majeur de transformation du sport béninois. « Nous voulons détecter les talents à la base et leur offrir un encadrement de qualité », déclarait-il dans le cadre de la présentation du Programme d’actions du gouvernement consacré au sport. Le projet devait permettre à chaque département de disposer d’infrastructures adaptées comprenant terrains d’entraînement, hébergement, suivi médical et accompagnement scolaire pour les jeunes sportifs sélectionnés. 

 

Plusieurs années après ces annonces, les académies départementales promises ne sont toujours pas visibles dans la majorité des localités du pays. Certains sites annoncés n’ont jamais été aménagés tandis que d’autres projets sont restés sans véritable évolution. Dans plusieurs communes, les jeunes talents continuent de s’entraîner sur des terrains précaires, souvent sans équipements adaptés ni suivi technique structuré. Des éducateurs sportifs déplorent également l’absence d’un véritable réseau national de détection capable d’assurer la relève des sélections nationales.

 

Cette situation contraste avec les ambitions affichées au lancement du projet, présenté à l’époque comme l’un des piliers de la professionnalisation du sport béninois et de la préparation d’une nouvelle génération d’athlètes compétitifs sur la scène africaine et internationale.

 

3. L’expérience controversée des directeurs sportifs expatriés

 

Présentée comme l’un des leviers majeurs de la professionnalisation du football béninois, l’expérience des directeurs sportifs expatriés recrutés au sein des Sociétés sportives d’État reste l’un des points noirs du bilan sportif du régime de Patrice Talon. Dans la dynamique des réformes engagées pour restructurer le championnat national, les autorités sportives avaient décidé, en 2020, de confier la gestion technique et stratégique de plusieurs clubs publics à des directeurs sportifs étrangers. L’objectif affiché consistait à insuffler une nouvelle culture professionnelle au football béninois, améliorer l’organisation des clubs, renforcer la formation des jeunes et rendre les équipes béninoises plus compétitives sur la scène africaine.

 

Parmi les profils recrutés en 2021 figurait notamment Vincent Rautureau. À l’époque, les Sociétés sportives d’État affichaient de grandes ambitions et présentaient ces recrutements comme un tournant décisif pour le football national. « Nous voulons professionnaliser durablement notre football », déclarait Oswald Homéky au lancement de cette réforme. Mais trois ans plus tard, à l’approche de la fin de leurs contrats fixée au 1er juin 2024, le bilan dressé par plusieurs observateurs du football béninois reste largement en deçà des attentes.

 

Malgré les moyens financiers importants mis à leur disposition, les directeurs sportifs expatriés n’ont pas réussi à transformer durablement les clubs concernés. Les Sociétés sportives d’État continuent de peiner dans les compétitions africaines, sans parvenir à franchir régulièrement le cap des tours préliminaires des compétitions continentales. L’impact attendu sur la structuration du football béninois tarde également à se faire ressentir. Plusieurs critiques portent sur l’absence d’un véritable projet sportif viable accompagné d’un modèle économique clair et durable.

 

Dans certains clubs, des directeurs sportifs se sont même retrouvés à intervenir directement sur les bancs de touche aux côtés des entraîneurs, en raison de leur parcours initial orienté vers le coaching. Sur le chantier de la formation, les résultats restent tout aussi limités. L’un des objectifs majeurs assignés à ces responsables consistait à développer de jeunes talents capables d’intégrer, à terme, des clubs européens de haut niveau.

 

Trois ans après leur arrivée, aucun des directeurs sportifs recrutés n’a véritablement réussi à mettre en lumière un joueur formé localement puis transféré dans un grand championnat européen. Pour plusieurs acteurs sportifs, les centaines de millions de francs CFA mobilisés pour financer cette politique n’ont pas permis de produire les résultats espérés. Entre ambitions affichées et bilan jugé insuffisant, l’expérience des directeurs sportifs expatriés demeure l’un des épisodes les plus controversés de la réforme du football béninois sous Patrice Talon.

 

4. Les sociétés sportives confrontées à la réalité économique

 

La réforme des sociétés sportives constituait l’un des projets phares du gouvernement Talon pour transformer les clubs béninois en structures professionnelles capables de fonctionner comme des entreprises modernes. L’objectif affiché en 2020, lors de l’annonce de la réforme, consistait à attirer des investisseurs privés, renforcer la gouvernance des clubs et réduire leur dépendance vis-à-vis des financements publics.

 

Six ans après le lancement de cette réforme, plusieurs clubs peinent encore à adopter un fonctionnement économique stable. Beaucoup restent dépendants des soutiens institutionnels et éprouvent des difficultés à mobiliser des ressources propres. Les contrats professionnels demeurent rares dans plusieurs équipes et les recettes liées à la billetterie ou au sponsoring restent faibles.

 

Dans plusieurs cas, les clubs engagés dans le processus de transformation en sociétés sportives n’ont pas bénéficié d’un accompagnement financier ou juridique suffisant pour réussir cette mutation. Le cas de Dadjè FC d’Aplahoué illustre bien les difficultés de cette réforme. Champion en titre de la Ligue professionnelle de football, le club peine à exister cette saison.

 

À plusieurs rencontres, l’équipe s’est présentée avec un effectif réduit, évoluant parfois avec neuf voire huit joueurs faute sur le terrain. Pourtant, le club dispose comme société sportive d’une société d’État. Malgré cela, cette dernière n’est pas parvenue à retenir ses meilleurs joueurs après le sacre ni à recruter de nouveaux éléments, faute de moyens suffisants. À quelques journées de la fin du championnat professionnel, le club lutte désormais pour son maintien.

 


Au terme des dix années de gouvernance de Patrice Talon, ces différents dossiers continuent d’alimenter les débats dans le monde sportif béninois. Aujourd’hui, à quelques exceptions près, le Bénin ne peut accueillir aucune compétition d’envergure sous-régionale ou continentale. Entre ambitions affichées et résultats jugés insuffisants par plusieurs acteurs, le sport béninois reste confronté à d’importants défis structurels.

 

 

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