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Rentrée judiciaire 2026-2027 à la CRIET : entre fermeté et humanisme, ce qu'attend Mario Métonou de la juridiction spéciale

Rentrée judiciaire 2026-2027 à la CRIET : entre fermeté et humanisme, ce qu'attend Mario Métonou de la juridiction spéciale

À l’ouverture de l’année judiciaire 2026-2027, le procureur spécial de la CRIET a appelé à concilier efficacité répressive, respect des droits fondamentaux et dignité humaine. Un plaidoyer pour une justice ferme, mais qui ne renonce pas à ses principes.

À l’ouverture de l’année judiciaire 2026-2027, le procureur spécial de la CRIET a appelé à concilier efficacité répressive, respect des droits fondamentaux et dignité humaine. Un plaidoyer pour une justice ferme, mais qui ne renonce pas à ses principes.

Mario Mètonou, procureur spécial de la CRIET

Mario Mètonou, procureur spécial de la CRIET

« Monsieur le Président de la CRIET, vous êtes un provocateur ! » C’est par ces propos que le procureur spécial Mario Métonou a donné le ton de sa réquisition de rentrée judiciaire, lundi 12 octobre 2026, à Cotonou. Derrière cette formule provocatrice, une interrogation : comment humaniser la justice pénale sans affaiblir la lutte contre les infractions économiques et le terrorisme ?

 

La question était au cœur de la rentrée judiciaire 2026-2027 de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), placée sous le thème : « Humaniser la justice pénale : entre protection des droits fondamentaux et efficacité répressive ». Un sujet qui prend une résonance particulière pour une juridiction parfois perçue, à tort ou à raison, comme essentiellement répressive.

 

Pour Mario Métonou, cette image ne doit pas occulter l’autre exigence de la justice : protéger les droits des personnes poursuivies. La lutte contre la criminalité demeure nécessaire, mais elle ne saurait justifier que les garanties fondamentales soient reléguées au second plan. Le défi consiste donc à sanctionner les infractions sans perdre de vue l’humain qui se trouve derrière chaque dossier.

 

 

La fermeté, sans renoncer aux droits

 

Depuis sa création par la loi du 2 juillet 2018, la CRIET s’est imposée comme un instrument de lutte contre la corruption, la cybercriminalité et le terrorisme. Le procureur spécial a rappelé l’importance de cette mission, notamment face à ceux qui détournent les ressources publiques, entretiennent des liens avec des groupes terroristes ou commettent des violences graves contre les enfants.

 

Mais la fermeté ne doit pas devenir une fin en soi. Pour le magistrat, la justice ne peut se réduire à une mécanique qui enchaîne les poursuites et les condamnations sans considération pour la situation des personnes. La présomption d’innocence, les droits de la défense et l’individualisation des peines doivent rester des principes effectifs, et non de simples références dans les textes.

 

La détention provisoire, a-t-il également souligné, doit conserver son caractère exceptionnel. Quant aux victimes, elles doivent pouvoir obtenir une réparation juste et digne. Humaniser la justice pénale, c’est ainsi tenir compte des droits de chacun, sans minimiser la gravité des actes commis ni la souffrance de ceux qui les subissent.

 

« L’efficacité de la sanction ne tient pas à sa cruauté »

 

Dans sa réquisition, Mario Métonou a défendu une conception de la justice dans laquelle la sévérité d’une peine ne suffit pas à établir la qualité d’une décision. « L’autorité d’un arrêt de la CRIET ne se mesure pas au quantum des années d’emprisonnement qu’il inflige, mais à la clarté lumineuse de sa vérité », a-t-il déclaré.

 

Le procureur spécial a résumé cette approche par une autre formule forte : « L’efficacité de la sanction ne tient pas à sa cruauté, mais à sa certitude. » Autrement dit, l’autorité judiciaire gagne en légitimité lorsque la sanction repose sur une décision fondée, plutôt que sur la seule lourdeur de la peine.

 

Cette réflexion s’inscrit dans une exigence plus large qui consiste à préserver l’équilibre entre justice et liberté. En convoquant la pensée d’Albert Camus : « Si l'homme échoue à concilier la justice et la liberté, alors il échoue à tout », le magistrat a rappelé que la mission judiciaire ne peut se limiter à punir. Elle doit aussi garantir les principes qui fondent l’État de droit.

 

 

Une justice qui garde « un cœur qui bat »

 

Le plaidoyer de rentrée ne signifie pas que la CRIET doive renoncer à la répression. Il invite plutôt à distinguer la fermeté nécessaire de l’arbitraire, et l’application de la loi d’une approche exclusivement punitive. C'est du mois, ce qu'on retient de l'intervention du procureur spécial de cette juridiction. La protection des droits fondamentaux et la lutte contre les infractions, poursuit-il, ne sont pas, dans cette perspective, deux objectifs incompatibles.

 

L’enjeu sera désormais de traduire cette ambition dans la pratique quotidienne à travers des procédures respectueuses des garanties légales, des peines adaptées aux faits et une attention réelle portée aux victimes comme aux personnes poursuivies.

 

Au terme de sa réquisition, Mario Métonou a livré la ligne directrice qu’il souhaite voir guider l’institution : « Que notre justice reste ferme, mais qu'elle garde un cœur qui bat. » Une formule qui résume toute la difficulté de l’exercice qui est celui du magistrat et ses pairs à la CRIET. Pour cette nouvelle année judiciaire, la CRIET saura-t-elle punir avec détermination, sans jamais faire de l’humanité une variable secondaire de la justice, comme le souhaite le procureur spécial ? Les semaines et mois à venir édifieront les observateurs du travail de cette juridiction spéciale. 

 

 

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