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Plus de quatorze mois après la dernière audience, le procès de l'affaire Dangnivo a repris, vendredi 26 juin 2026. Les discussions ont essentiellement porté sur les diligences demandées au ministère public, la comparution de témoins jugés essentiels et les déclarations des proches de Pierre Urbain Dangnivo, disparu depuis août 2010.
Moment fort de l'audience, le tribunal a entendu Grégoire Dangnivo, frère utérin de Pierre Urbain Dangnivo. Revenant sur les premières heures ayant suivi la disparition de son frère, il a raconté les recherches entreprises avec la famille, les démarches auprès de la police et l'interpellation d'une femme avec laquelle son frère aurait entretenu une relation et eu un enfant dont il contestait la paternité. Mais son témoignage a surtout ravivé les interrogations sur le corps découvert à Womey en septembre 2010.
« Quand j'ai vu le corps, j'ai indiqué que ce n'était pas la dépouille de mon frère », a-t-il déclaré devant la cour. Selon lui, les incohérences observées lors de l'exhumation, puis des analyses ADN, alimentent toujours les doutes de la famille.
Interrogé sur les dernières expertises scientifiques, il n'a pas caché sa méfiance. « Je doute de tout », a-t-il répondu lorsque le procureur lui a demandé s'il remettait en cause la justice, le laboratoire ou les experts ayant réalisé les analyses.
Grégoire Dangnivo estime que, sur le corps exhumé à Womey, les pieds n'étaient pas en putréfaction et qu'il s'agissait d'une dépouille. En revanche, à la morgue du Proci, ce qui a été placé sous scellés est, selon lui, un squelette auquel il manquait plusieurs parties, notamment le fémur. Il relève également que plusieurs prélèvements ont été effectués sur ce corps placé sous scellés sans que les avocats de la famille n'en soient informés.
Grégoire Dangnivo est également revenu sur le rôle joué, selon lui, par certains responsables de l'enquête de l'époque, affirmant qu'à Womey, Prince Aledji et l'ex-ministre Grégoire Akofodji auraient expressément indiqué à Codjo Alofa l'endroit où se trouvait le corps à exhumer. Autre déclaration marquante : il a affirmé ne pas croire à l'implication de Codjo Alofa et de Donatien Amoussou dans la disparition de son frère, estimant que les nombreuses incohérences constatées depuis quinze ans orientent les interrogations ailleurs.
Des avocats demandent la poursuite des auditions
Avant la déposition du frère de Urbain Dangnivo, d'autres points ont cristallisé les débats à l'ouverture de l'audience. Le procureur de la République, Tidjani Serpos Olushegun, est revenu sur les investigations engagées depuis le renvoi du dossier en avril 2025. « Il nous a fallu 14 mois pour constater l'indisponibilité de madame Micheline Houndegla (Alofa, principal mis en cause dans le dossier aurait appelé cette femme dans la nuit de la disparition de Dangnivo, Ndlr) et de l'agent de police Kouagou M'Po (alors en service au commissariat de Godomey, c'est ce policier qui aurait consigné l'arrestation d'Alofa dans une affaire de vol de moto à Womey, Ndlr) sur le territoire national », a-t-il expliqué, précisant que les deux personnes avaient été localisées mais qu'il était « impossible de les faire venir pour témoigner ».
Une explication immédiatement contestée par les avocats de la partie civile, qui ont regretté l'absence de preuves écrites attestant des démarches entreprises. Le ministère public a promis de produire ces éléments lors des débats.
Les échanges se sont aussi cristallisés autour de la demande formulée par plusieurs avocats de poursuivre les auditions avant d'entendre en dernier ressort et définitivement la famille Dangnivo. Me Olga Anassidé a rappelé que la comparution de plusieurs personnalités avait été sollicitée, notamment Philippe Houndegnon, alors commissaire central de Cotonou, ainsi que la sœur et le mari de l'ancienne ministre Bernadette Agbossou Sohoundji.
Pour Me Théodore Zinflou, avocat commis d'office de Codjo Alofa, ces auditions demeurent indispensables. « Il faut que Houndegnon, la sœur et le mari de Sohoundji comparaissent pour que je puisse défendre au mieux mon client », a-t-il insisté. Même position chez Me Togbadja, qui estime que la justice doit aller au bout de toutes les vérifications. « Donnez-nous tout ce qu'il nous faut », a plaidé l'avocat, affirmant vouloir obtenir « la vérité » avant toute conclusion. Face à ces demandes, le procureur a rappelé que le procès portait sur le jugement de Codjo Alofa et Donatien Amoussou, et non sur l'ouverture d'une nouvelle enquête.
Les débats ont été interrompus à plusieurs reprises avant que le président de céans ne décide d'entendre la famille, puis de renvoyer l'examen des autres demandes. Le ministère public s'est engagé à produire les preuves des diligences effectuées pour retrouver dame Micheline Houndegla et l'agent Kouagou M'Po. Les différentes parties auront également l'occasion de poursuivre les discussions sur les témoins dont elles souhaitent la comparution.
L'affaire a finalement été renvoyée au vendredi 3 juillet 2026. À cette date, le tribunal examinera les justificatifs promis par le parquet avant de poursuivre les débats. Les avocats ont souhaité que toutes les personnes déjà entendues puissent revenir déposer à nouveau si nécessaire. Ils estiment qu’il y a des contradictions dans les dépositions de certaines d’entre elles.
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