Investi président de la République dès le 6 avril 2016, Patrice Talon, à travers son gouvernement, a entrepris de nombreuses réformes dans plusieurs secteurs au Bénin. Dans le secteur de la justice, l’objectif était de renforcer les mécanismes de répression et de lutte contre la corruption et d’autres infractions émergentes et nouvelles au Bénin tout en offrant de bonnes conditions de travail aux acteurs de la justice.
1- La création de la CRIET
En juillet 2018, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a vu le jour à travers l’adoption de la loi n° 2018-13 du 02 juillet 2018. Juridiction spéciale à compétence nationale, la CRIET est compétente à connaître des affaires à caractère économique et des affaires liés au terrorisme. Au fil de son existence, son champ de compétences s'est élargi au jugement des infractions d’enlèvements de personnes, de piraterie maritime, d’infractions commises en raison du genre. La CRIET est également compétente pour juger les personnes poursuivies pour les infractions spécifiques aux membres des forces de défense et de sécurité.
Après quelques décisions rendues notamment dans les dossiers des personnalités jugés et condamnés tels que Sébastien Ajavon, Reckya Madougou, Joël Aïvo, Oliver Boko et autres, la CRIET a fait l’objet d’une appréciation mitigée. Tandis que les uns y voient un instrument nécessaire dans lutte contre plusieurs vices au regard des décisions qu’elle rend contre les infractions nouvelles, criminelles relevant de ses compétences, d’autres tirent à boulets rouges sur elle. Président de la CRIET, Édouard Cyriaque Dossa a affirmé que sa juridiction a su faire ses preuves malgré les critiques. « La seule existence de la CRIET est le début du commencement de la sagesse et du respect de la chose publique, sans oublier l’observance des droits d’autrui, dont la recrudescence de la violation se laisse observer à l’ère du numérique », a-t-il martelé.
La juridiction spéciale affiche un bilan d’au moins 7 400 procédures depuis sa création en 2018 jusqu'au début de l'année 2025. Entre 2019 et fin 2025, la CRIET a traité plus de 800 procédures judiciaires dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Selon Mario Mètonou, procureur spécial près de la CRIET, 770 personnes étaient détenues pour terrorisme, dont 31 femmes à la date du 30 septembre 2025.
2- La CSAF, pour juger les litiges fonciers
La lutte contre l’insécurité foncière a été l’une des priorités du régime de Patrice Talon. La répression des infractions liées au domaine foncier avait été rattachée à la CRIET dès sa création. Mais au fil des années, la CRIET a été déchargée de la répression de cette infraction au profit de la Cour spéciale des affaires foncières (CSAF), elle-même créée par la loi n° 2022-16 du 19 octobre 2022.
Cette juridiction spécialisée est destinée à juger les litiges fonciers et immobiliers. Elle constitue un instrument de lutte contre l'insécurité foncière et à la mafia des terres au Bénin. La CSAF est territorialement compétente pour connaître les litiges des communes d’Abomey-Calavi, d’Allada, de Cotonou, de Ouidah, de Porto-Novo, de Sèmè-Podji, de Torri-Bossito et de Kpomanssè. Cette Cour spéciale dirigée par le magistrat Victor Fatindé a déjà pris en charge « près de 8000 dossiers » dans le Grand Nokoué, a fait savoir le ministre de la justice, Yvon Détchénou, dans une émission de bilan sur Bénin TV, la télévision nationale. Selon le Garde des Sceaux, la CSAF apporte une amélioration significative tout en exigeant les levées topographiques et des titres de propriété avant décision.
3- La dématérialisation du casier judiciaire
L’une des grandes réformes qui a impacté l’administration de la justice, c’est bien la délivrance du casier judiciaire. Aujourd’hui, il faut 72 heures pour obtenir son casier judiciaire après la demande qui se fait désormais en ligne. Le secteur a été dématérialisé et les Béninois, sans même se déplacer, peuvent obtenir cette pièce administrative depuis leurs résidences ou bureaux. Le Centre National du Casier Judiciaire a été mis sur pied pour s’occuper de la délivrance de ce document à forte demande et dont la validité est de trois mois.
4- Le renforcement du personnel judiciaire
Le régime de Patrice Talon a renforcé le personnel judiciaire afin de réduire le délai de traitement des procédures dans les tribunaux et cours. Un vaste recrutement a été lancé que ce soit dans le corps des magistrats que des greffiers pour renforcer les effectifs. Selon le ministre de la justice, le Bénin comptait 212 magistrats et 114 greffiers. L’effectif a été renforcé depuis lors.
« Aujourd'hui vous avez déjà plus de 336 magistrats », a souligné Yvon Détchénou. En 2026, 80 auditeurs de justice et 100 autres en formation ont été répartis dans les juridictions du pays. Ces mesures ont permis de réduire le temps de traitement des contentieux notamment au Tribunal du commerce dont le délai de traitement est passé de deux ans à à 57 jours comme délai moyen de traitement des affaires commerciales.
Cette célérité dans le traitement des dossiers a été soutenue par l’adoption de la loi modifiant la loi n° 2012-15 portant code de procédure pénale au Bénin. De nouveaux changements ont été apportés notamment sur l'organisation de la procédure de crime flagrant et une permanence pour le jugement des crimes.
5- Création de la Cour des comptes
Au Bénin, la Cour des comptes est devenue une réalité sous le régime de Patrice Talon lors de la révision constitutionnelle de novembre 2019. Elle a été créée pour répondre aux exigences de l'UEMOA. La Cour des comptes, selon sa loi organique, garantit la bonne gouvernance et la transparence dans la gestion des ressources publiques du Bénin. Elle vérifie les comptes des comptables publics, contrôle la gestion des entreprises publiques et des organismes de sécurité sociale. La Cour assiste le l’Assemblée nationale et le gouvernement dans le contrôle de l'exécution des lois de finances, assurant ainsi une gestion rigoureuse et transparente de l'État.
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