Une séance de cours de maison avec un répétiteur et un écolier au Tableau (Photo d'illustration)
La réussite scolaire d’un enfant requiert un suivi et un accompagnement à la maison, de l’avis de nombreux enseignants. « Il faut nécessairement quelqu’un pour travailler avec les enfants à la maison, leur mettre la pression, les aider à bien comprendre les cours reçus en classe et à faire leurs exercices de maison », souligne Christelle Houansou-Blé, institutrice en service à l'École primaire publique de Bocovi Tokomè, dans la commune d’Adjarra.
Pour le suivi et l’accompagnement de leurs enfants, des parents sollicitent de plus en plus le concours de répétiteurs. Ces parents peuvent être classés en deux catégories. « Il y a certains parents qui nous sollicitent parce qu’ils ne sont pas instruits. Par contre, chez d’autres, ce n’est pas qu’ils n’ont pas le bagage intellectuel pour aider leurs enfants à étudier à la maison. Le problème, c’est qu’ils n’ont pas du tout le temps. Ils ne restent pas très souvent à la maison», explique l’enseignante Christelle Houansou-Blé, qui cumule plusieurs années d’expériences en tant que répétitrice.
Directrice commerciale dans une entreprise privée à Cotonou, Géraude Kouessi fait partie de la deuxième catégorie de parents. N’ayant « pas toujours le temps de faire des exercices » avec son fils aujourd’hui au Cours préparatoire (CP), elle lui a pris une répétitrice dès la classe de Cours d’initiation (CI). Géraude Kouessi explique que son choix est motivé par le besoin d’un « recadrage » noté chez son fils. Quand il rentrait de l’école, souligne-t-elle, « il jette le sac et saute dans tous les sens pour s’amuser ».
La jeune dame compte garder la répétitrice pour le soutien à la maison de son fils jusqu’au Certificat d’étude primaire (CEP). Pour elle, c’est un investissement qui en vaut la peine dans le but de permettre à son enfant d’avoir un bon niveau. « Le cours primaire, c’est la base. Quand c’est raté, c’est compliqué pour le reste du cursus », soutient-elle.
Le répétiteur, nécessairement un enseignant expérimenté ?
Répétiteur, maître d’études, maître de maison, enseignant de maison, chargé des cours de maison… Les vocables pour désigner celui à qui le parent ou le tuteur fait appel pour l’encadrement à domicile des élèves, abondent. Mais le travail du répétiteur ne change pas en fonction du nom par lequel on le désigne. « Le rôle du répétiteur n'est pas d'enseigner de nouvelles notions à l'enfant », clarifie André Kouton, inspecteur de l’enseignement du premier degré à la retraite.
Sa tâche, fait savoir l'inspecteur de l’enseignement du premier degré à la retraite, consiste à expliquer les cours à l'apprenant pour qu'il comprenne correctement les notions déjà reçues à l’école. Mieux, « le répétiteur doit reprendre les exercices faits en classe avec l'apprenant avant d'en proposer d'autres pour la consolidation et l'enrichissement», explique l’inspecteur à la retraite.
Pour remplir cet office, les parents d’élèves font appel à différents profils. Le profil d’enseignant et celui d’étudiant sont le plus souvent sollicités. Geoffroy Yègbè a le second profil. Il est étudiant en année de Licence professionnelle de physique-chimie à la Faculté des sciences et techniques (FAST) de l’Université d’Abomey Calavi. Il se consacre à cette tâche à ses heures creuses. « Je donne les cours de maison les week-end et les mercredis soir de 20h à 22h », indique-t-il.
Le jeune homme apprend qu’il est beaucoup plus sollicité par les parents dont les enfants sont en classe d’examen. Les mathématiques et les Physiques chimiques, et technologies (PCT) sont les matières dans lesquelles il offre ses services de répétiteur.
Pour Géoffroy Yègbè, on n’a pas besoin d’être enseignant de profession pour être un bon répétiteur. Il en veut pour preuve, le succès de ses apprenants. « J’ai gardé deux élèves l’an dernier, l’un a obtenu le BAC et l’autre est passé de la seconde en première », affirme-t-il fièrement.
Enthousiasmé, le jeune étudiant ne se lasse pas de relater ses "prouesses" de répétiteur. « L’élève qui est en première maintenant, ça fait trois ans que j’ai été sollicité par son père pour l’encadrer. Si je ne faisais pas bien mon travail, je ne pense pas que le monsieur m’aurait gardé jusqu’à présent », assure-t-il avec humour. « Le monsieur m’avait fait appel quand sa fille était en 3ᵉ. Grâce au travail et à Dieu, elle a eu son BEPC l'année-là », se souvient-il encore.
Quoi qu’il en soit, « il est préférable de choisir un enseignant expérimenté pour être répétiteur de son enfant », conseille André Kouton, inspecteur de l’enseignement du premier degré à la retraite. L'expert prévient que choisir un répétiteur qui n’a pas une formation psychopédagogique peut entraîner l’effet contraire à celui escompté.
Dans la volonté de trouver le meilleur profil pour encadrer leur progéniture, des parents font même appel au responsable de cours de leur enfant. « Ce n'est pas une bonne méthode », juge l’institutrice Christelle Houansou-Blé qui affirme décliner ce type d’offres. « Il faut nécessairement quelqu'un d'autre qui va expliquer la leçon ou l'exercice autrement, avec ses propres méthodes et ses propres mots pour permettre à l'enfant d’avoir une autre possibilité de comprendre », argumente-t-elle.
Moments recommandés pour les cours de maison
Christelle Houansou-Blé fait ses cours de répétition dans les maisons pratiquement tous les jours. Et pour cause, révèle-t-elle, «même quand nous expliquons aux parents que nous sommes déjà occupés le mercredi soir, le samedi, et le dimanche, ils nous disent de chercher un créneau les autres jours pour encadrer leurs enfants à la maison ». Sur insistance des parents, l’institutrice finir par accepter bon gré mal gré. « Quand un parent te dit : ‘‘maîtresse, c’est toi que je veux pour travailler avec mon enfant à la maison, je ne veux personne d’autre que toi’’, tu es obligé d’accepter d’encadrer l’enfant», a expliqué Christelle Mahumè Houansou-blé d’un air souriant.
L’inspecteur à la retraite n’approuve pas ce forcing que font les parents. Il recommande que les cours de maison avec le répétiteur se fassent uniquement le samedi ou dans l’après-midi du mercredi. « Dans des cas exceptionnels, on peut admettre une partie de la journée du dimanche sans trop peser sur le repos de l'enfant», fait-il savoir. André Kouton ne cautionne guère les séances de travail à des heures indues ni juste après le retour de l’école de l’apprenant. Parce que, justifie-t-il, « les enfants ont besoin de repos pour assimiler ce qu’on leur apprend». « Chez les plus grands, c'est-à-dire ceux du secondaire, c’est encore gérable », a-t-il relativisé.
Une pratique à bannir
Il n’est pas rare de voir certains parents courir à quelques mois des examens pour prendre un répétiteur à leurs enfants, a noté Christelle Houansou-blé. L’inspecteur à la retraite déconseille cette pratique. Il fait observer que ce sont surtout ces parents qui demandent aux répétiteurs d’intensifier les séances de cours de maison avec les apprenants. « Cela ne profite guère à l’enfant. Bien au contraire, cela l’épuise», clarifie-t-il. « Il faut solliciter les services d'un répétiteur dès la rentrée scolaire pour un bon suivi », insiste-t-il en guise de conseil.
Les parents font appel à Christelle Mahumè Houansou-blé pour encadrer leurs enfants de toutes les classes et plus encore. «J’ai eu une fois gardé à la maison un enfant qui n’avait même pas encore commencé l’école », confie Christelle Mahumè Houansou-blé. À ses dires, les parents ne voulaient pas que leur enfant fasse la maternelle, mais souhaitaient quand même qu’il ait une base solide avant de commencer le Cours d'initiation (CI). Face aux parents, les tentatives de dissuasion entreprises par l’institutrice ont été vaines. Ils ont maintenu leurs décisions. « J’ai alors accepté d'encadrer l’enfant en plus de ses grands frères qui eux fréquentaient l’école déjà. Quand l’enfant a eu 5 ans et qu’il a commencé le CI, il a été premier de sa classe », conte l’enseignante.
Si des parents sollicitent des répétiteurs pour leur enfant qui n’a pas encore commencé l’école, certains optent pour les classes d’examen. L’inspecteur à la retraite André Kouton, ne comprend pas ce choix. Car, a-t-il fait remarquer, « les examens se préparent depuis les basses classes ». L’expert en pédagogie suggère aux parents de faire appel à un répétiteur dès que le besoin se fait sentir. L’inspecteur à la retraite conseille pour le choix du répétiteur de tenir compte des matières dans lesquelles l’élève éprouve des difficultés et si possible de la série, s’il est déjà au second cycle.
Le répétiteur seul ne suffit pas
Que l’élève soit au primaire ou au secondaire, il doit être suivi par ses parents ou son tuteur. Prendre un répétiteur pour son enfant ne doit pas conduire à un manque de suivi de la part des parents, selon André Kouton. « Les parents ont un grand rôle à jouer malgré le recours au répétiteur ». Le répétiteur ne doit en aucun cas remplacer le parent d’après les explications de l’éducateur.
André Kouton estime que même si le parent ne sait pas lire, il doit veiller à ce que les enfants prennent leurs cahiers quand le répétiteur n’est pas là. « Le parent peut demander à ses enfants d'aller apprendre leurs leçons, d'aller faire leurs exercices, d'aller lire … C'est aussi une forme de suivi », assure le spécialiste en éducation.
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