Wilfried Houngbedji, ministre porte-parole du gouvernement du Bénin
Le gouvernement béninois veut faire du développement un moteur plus visible dans les communes, loin des seuls grands centres urbains. C’est l’ambition affichée par l’exécutif avec la mise en place des six pôles de développement territorial. Invité de la télévision nationale dimanche 18 octobre 2026, Wilfried Houngbédji, ministre porte-parole du gouvrenement, a tenu à lever les confusions autour de cette initiative : « Ce n’est ni une réforme politique, ni une réforme administrative. »
Pour le ministre porte-parole du gouvernement, il s’agit avant tout d’une réforme économique destinée à mieux valoriser les potentialités locales, à stimuler les activités et à créer des emplois au plus près des populations.
Une réforme pour développer les territoires
L’objectif est de faire en sorte que les retombées de la croissance nationale se ressentent davantage dans les localités. Le gouvernement veut notamment permettre aux jeunes de trouver des débouchés dans leur commune, sans devoir systématiquement migrer vers Cotonou ou Parakou pour accéder à un emploi ou à certains services sociaux de base.
« Il veut que le développement se concrétise encore plus dans les communes, dans les territoires », a expliqué Wilfried Houngbédji. À terme, les pôles devraient favoriser l’implantation de nouvelles entreprises et d’unités industrielles, en s’appuyant sur les ressources et les atouts propres à chaque zone.
Cette orientation s’inscrit dans le prolongement des réformes engagées dans le secteur de la décentralisation. Le porte-parole reconnaît que les vingt premières années ont produit des résultats « fortement mitigés ». Depuis la réforme structurelle menée ces dernières années, les communes disposent toutefois, selon lui, de davantage de ressources et de personnels qualifiés.
Le gouvernement estime néanmoins que leurs capacités financières restent insuffisantes pour porter seules certains projets d’envergure. Les pôles doivent donc contribuer à lever ces contraintes en favorisant la mise en commun des potentialités locales.
Les maires et les préfets conservent leurs prérogatives
Les pôles de developpement seront placés sous la responsabilités de délégués généraux. L’une des principales préoccupations soulevées depuis l'annonce des premiers détails de la réforme fin septembre 2026, concerne la place de ces délégués généraux alors que les départements sont déjà chapeautés par les préfets et les communes par des maires.
Wilfried Houngbédji a été catégorique : leur arrivée ne retire aucune compétence aux maires ou aux préfets. « Les préfets restent et conservent toutes leurs prérogatives, comme les maires conservent toutes leurs prérogatives », a-t-il assuré. Les délégués généraux ne seront pas placés dans une relation hiérarchique avec ces autorités. Ils devront plutôt travailler avec elles et avec les autres acteurs locaux.
Leur mission consistera notamment à coordonner les échanges autour des priorités de chaque pôle, à identifier les ressources disponibles et à faire émerger des projets capables de profiter à plusieurs communes. Une commune pourrait, par exemple, apporter ses ressources agricoles, tandis qu’une autre contribuerait à un projet industriel ou à une infrastructure commune.
Chaque maire devra ainsi présenter les atouts de son territoire et participer aux concertations. Pour le porte-parole, l’enjeu est que les retombées économiques et sociales bénéficient à l’ensemble des populations concernées. Il insiste aussi sur la posture attendue des délégués généraux : ils doivent être des facilitateurs, et non des acteurs supplémentaires de la bureaucratie. « Ce n’est pas comment chacun affirme encore plus son ego. Non, c’est comment se mettre au service des communautés, des populations », a-t-il déclaré.
Une réforme pas pour repositionner des acteurs politiques
Le porte-parole a par ailleurs fait état de centaines de candidatures déjà déposées pour les fonctions de délégué général. Le président de la République, Romuald Wadagni, entend toutefois éviter que ces nominations deviennent une occasion de faire de la politique, a-t-il précisé.
Dans un live Tik Tok jeudi 15 octobre dernier, le ministre indiquait déjà que le président Romuald Wadagni ne souhaite pas faire de ce nouveau dispositif « un outil politique ». « Ce ne serait pas le moment de caser des acteurs politiques de premier plan », a-t-il déclaré.
En revanche, l’accès à ces postes ne serait pas réservé aux seuls membres de la mouvance présidentielle. « Vous pouvez être un inconnu, vous pouvez même être d’un parti de l’opposition », a précisé Wilfried Houngbédji, à condition de présenter un profil pertinent et de justifier de sa capacité à exercer la fonction.
Premiers résultats attendus à partir de 2027
La mise en œuvre doit se dérouler progressivement, avec des étapes étalées sur plusieurs trimestres. La première phase prévoit notamment les consultations pour le choix des délégués généraux, suivies des concertations et des travaux préparatoires. Selon Wilfried Houngbédji, les premières actions devraient commencer après cette installation progressive. « D’ici un an, on peut considérer que les pôles ont effectivement démarré », a-t-il indiqué.
La réforme ne produira pas automatiquement des résultats visibles. Wilfried Houngbédji prévient qu’il serait « absolument démagogique » de promettre immédiatement de nouvelles usines ou des milliers d’emplois. Les acteurs devront apprendre à travailler ensemble et à traduire les ambitions en projets concrets.
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