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La continuité politique au Bénin de Talon à Wadagni : plaidoyer pour un Etat en construction permanente

La continuité politique au Bénin de Talon à Wadagni : plaidoyer pour un Etat en construction permanente

Dans une tribune intitulé « De la continuité politique : plaidoyer pour un Etat en construction permanente », parvenue à Banouto, Nicholson Antoine Kohoun, Etudiant-Séminariste en cycle de philosophie, analyse le passage du pouvoir de l'ex-président Patrice Talon à son successeur, Romual Wadagni. «L’architecture d’une nation ne se mesure pas uniquement à la grandeur des ouvrages qu’elle érige, mais surtout à la capacité de ses dirigeants à inscrire l’action publique dans la durée», écrit-il pour planter le décor. Tribune à lire !

Dans une tribune intitulé « De la continuité politique : plaidoyer pour un Etat en construction permanente », parvenue à Banouto, Nicholson Antoine Kohoun, Etudiant-Séminariste en cycle de philosophie, analyse le passage du pouvoir de l'ex-président Patrice Talon à son successeur, Romual Wadagni. «L’architecture d’une nation ne se mesure pas uniquement à la grandeur des ouvrages qu’elle érige, mais surtout à la capacité de ses dirigeants à inscrire l’action publique dans la durée», écrit-il pour planter le décor. Tribune à lire !

Nicholson Antoine Houénoumabou KOHOUN, Etudiant-Séminariste en cycle de philosophie.

Nicholson Antoine Houénoumabou KOHOUN, Etudiant-Séminariste en cycle de philosophie.

L’architecture d’une nation ne se mesure pas uniquement à la grandeur des ouvrages qu’elle érige, mais surtout à la capacité de ses dirigeants à inscrire l’action publique dans la durée. Lorsque Talon en tant qu’architecte remet le plan de son travail à Wadagni en tant qu’ingénieur, ce n’est pas que le plan va être refait mais c’est une poursuite du travail sous une autre responsabilité. Après une décennie de plusieurs réformes, le passage de témoin entre Talon et Wadagni n’est pas une rupture de vision mais une volonté affirmée afin de préserver une dynamique de développement déjà engagée tout en y apportant une nouvelle impulsion. 

 

 

Les premières semaines du nouveau pouvoir témoignent d’une gouvernance qui privilégie la continuité des réformes tout en imprimant progressivement sa propre méthode. La réorganisation de l’équipe gouvernementale sur le fondement des compétences, le renforcement de la diplomatie régionale par des visites de courtoisie auprès des chefs d’Etat de la sous-région, la prise en charge automatique des malades avant une éventuelle réclamation de paiement, les mesures destinées à améliorer les conditions d’études dans les universités publiques, notamment par la mise à disposition de nouveaux autobus et le projet de généralisation progressive des enseignements numériques, ainsi que la volonté d’œuvrer à la réouverture de la frontière entre le Bénin et le Niger traduisent une même philosophie : celle d’un Etat qui avance sans renier les acquis de son histoire récente. 

 

 

Dans un contexte africain où chaque alternance politique est souvent synonyme de recommencement et de remise en cause systématique des politiques antérieures, l’expérience béninoise s’impose comme un objet de réflexion philosophique. Le véritable développement doit s’inscrire dans une continuité intelligente sans sacrifier les progrès déjà accomplis. La véritable grandeur d’une nation ne réside pas dans la capacité de chaque nouveau dirigeant à effacer l’œuvre de son prédécesseur, mais dans son aptitude à préserver ce qui est utile, à corriger ce qui est perfectible et à poursuivre, avec lucidité, la construction du bien commun. C’est dans cette perspective, qu’il importe de plaider pour une politique du même plan qui traduit la maturité d’une nation qui comprend que le développement est une œuvre collective, progressive et permanente.

 

 

Du « je » destructif au « nous » constructif

 

Il est évident de constater qu’au Bénin, l’individualisme ronge le corps politique et nuit au développement. Lorsque le « je » deviens la mesure de toute action publique, la cité cesse progressivement d’être un espace de coopération pour devenir un champ d’affrontement où chacun poursuit exclusivement son propre dessein. Avec le « je », la société est en danger d’autant que le politique voit déjà son semblable comme un ennemi. Hobbes a raison de dire que « l’homme est un loup pour l’homme ». Cela ne se justifie pas uniquement dans l’état de nature mais aussi dans l’état contractuel. Le « je » n’est donc pas en lien avec autrui et il a sa vision personnelle des choses et ne veut pas collaborer. De là, la confiance disparaît, le monde politique est en feu de détresse car, chacun à son objectif tout en visant la même chose. La cité s’effondre et l’unité ne fait plus la force. 

 

 

C’est pourquoi il est obvie d’encourager le passage du « je » au « nous » effectué par Talon. Ce n’est pas une apologie de la politique talonnienne mais de voir la réalité des choses. Le fondement ontologique du nous se situe dans un vivre-ensemble harmonieux pour l’épanouissement de tous. C’est en cela que la politique talonienne rappelle à chaque acteur politique que la cité est antérieure à l’individu et qu’il est nécessaire de se rassembler pour construire la cité et non de la penser individuellement. Le drame de l’africain, c’est de s’appliquer le cogito ergo sum (je pense donc je suis) de René Descartes. Cette vérité de Descartes met l’individu dans une autosuffisance de soi et le rend orgueilleux car, il prend sa vision des choses, sa pensée comme la vérité. Il est donc indispensable de s’inscrire dans ce nous collectif qui ne nie pas l’individu mais qui lui donne les conditions pour être lui-même. 

 

 

Dans ce « nous », le « je » est aliéné non pas pour être détruit mais pour qu’il renaît comme citoyen : c’est le « je » participatif. Avec les premières réalisations du président Romuald Wadagni nous voyons une volonté de dépasser la logique individualiste. La redynamisation de l’administration publique par la nomination de responsables en fonction de leurs compétences, de leur expérience et de leurs qualifications académiques manifeste une conception méritocratique de l’Etat. Le pouvoir n'apparaît plus comme une récompense politique, mais comme une responsabilité confiée à ceux dont les aptitudes sont susceptibles de servir efficacement la République. Cette philosophie du mérite rejoint l’exigence du « nous » constructif. La priorité accordée à la compétence constitue une condition essentielle de la bonne gouvernance. 

 

 

Si nous retenons que le passage du « je » destructif au « nous » constructif est la condition de toute vie politique, alors il est patent de dire qu’une nation progresse lorsque les hommes acceptent de prolonger l’œuvre collective plutôt que de rechercher obstinément la gloire personnelle. C’est précisément cette philosophie de la continuité qui donne aujourd’hui sens à la dyade Talon-Wadagni. 

 

 

La dyade Talon-Wadagni contre la dualité stérile 

 

Dans un état démocratique, la dualité est un frein au développement. On entend ici par dualité cette politique qui consiste à s’opposer coûte que coûte contre tout ce que fait le régime en place ou contre ce que pensent les régimes non en place. Il s’agit donc d’une « opposition pour l’opposition » puisqu’elle ne se fonde sur aucune raison valable. Le véritable problème avec la dualité, est qu’elle veut son caractère individualiste : tout le monde est à la quête de son profit personnel sans vouloir coopérer, sans vouloir construire avec l’autre. Cela donne raison à Jacques Rancière (la haine de la démocratie) qui pense que « la démocratie perd sa valeur à cause de l’individualisme ». Avec la dualité, c’est l’affrontement entre une thèse et une antithèse sans réellement trouver une synthèse. Dans la vie politique, la dualité donne naissance à une alternance stérile. 

 

 

Tout le combat politique se concentre dans l’acquisition du pouvoir et non dans la manière de bâtir la société. Le je partisan emporte toujours sur le nous national. Mais comment pouvons-nous comprendre que nous visons la même téléologie et que nous ne voulons pas travailler ensemble ? Il est clair que cette vision politique est utopique et ne pourrait amener nulle part dans le développement. La dualité politique est, par essence, une négation de la continuité historique. Elle oppose les Hommes au lieu d’unir les idées, détruit les œuvres plutôt que de les perfectionner et préfère la conquête du pouvoir à l’édification de la nation. Mais, avec l’avènement du nouveau départ proposé par le gouvernement de Patrice Talon, la dyade a vu le jour. L’étymologie grecque dyas du mot nous donne de comprendre qu’il désigne deux éléments distincts qui forment une unité fonctionnelle. C’est ce que nous remarquons dans la politique talonnienne avec la transmission du témoin à Wadagni.

 

 

La tournée diplomatique entreprise par Wadagni auprès des chefs de l’Etat de la sous-région manifeste la volonté de consolider les relations de bon voisinage, de renforcer l’intégration régionale et de replacer le Bénin au cœur du dynamisme ouest-africaines. Cette diplomatie de proximité traduit une conviction fondamentale : aucune nation ne peut aspirer durablement au développement en s’isolant de son environnement géopolitique. Dans le même esprit, les démarches engagées en faveur d’une réouverture de la frontière entre le Bénin et le Niger témoignent d’une compréhension profonde des exigences économiques et humaines de la sous-région. La dyade Talon-Wadagni apparaît ainsi comme une invitation à dépasser les querelles de personnes pour inscrire l’action politique dans une perspective de long terme. Une nation véritablement moderne ne mesure pas son progrès au nombre de ruptures qu’elle provoque, mais à sa capacité de perfectionner ce qui mérite de l’être. 

 

 

Avec cette forme de politique, nous devons poursuivre le même dessein, suivre le même plan d’action car nous avons tous à cœur la construction de notre pays. Cette construction ne peut pas trouver sa fondation sur l’individualisme mais sur le collectivisme qui n’exclut pas en son sein la différence. La dyade semble alors la meilleure des politiques pour une vision plus grande et constructive d’une nation. C’est pourquoi nous pensons qu’il est de bon ton que nous passions de la dualité infructueuse à la dyade. C’est d’ailleurs ce qui se remarque déjà et que nous encourageons dans le pays avec le passage de Talon à Wadagni. Avec eux, il ne s’agira plus de repenser un autre plan contradictoire du pouvoir sortant mais un même plan qui continue sa suite et qui nous offre non un développement géométrique mais linéaire. Nous retenons ainsi qu’avec la dyade, l’Etat ne repart plus de l’Alpha à chaque alternance. La dyade est cette politique qui n’empiète pas sur les libertés individuelles mais, qui oblige chaque personne à apporter sa pierre à la construction de l’édifice sans vouloir modifier le plan déjà conçu. 

 

 

Gouverner consiste à recevoir un héritage, à l’enrichir par sa propre intelligence et à le transmettre, à son tour, plus solide qu’il ne l’était. La véritable grandeur d’un homme d’Etat ne réside pas dans la volonté d’être l’unique auteur de l’histoire nationale, mais dans sa capacité à inscrire son action dans une œuvre collective qui le dépasse. Là où la dualité fragmente la cité, la dyade la fortifie ; là où l’individualisme nourrit les rivalités, la continuité politique fonde la permanence de l’Etat. Ainsi comprise, la politique retrouve sa vraie vocation première : être, selon Aristote, l’art d’organisation de la communauté en vue du bien commun. 

 

 

 « La politique est entendue comme un souci prudent du bien commun » (Jean-Paul II, Laborem Exercens) et c’est pourquoi nous devons nous unir pour construire notre pays car nous avons le même souci : le développement du Bénin. Ce développement ne sera réel que si tous s’inscrivent dans un même plan d’action, un plan qui vise l’intérêt général. Le Bénin est un pays qui argue que c’est l’union qui fait la force. Cette union doit être maintenue pour que le pays ne sombre pas dans un gouffre béant. Au Bénin, la politique ne peut donc pas être pour certains « la filière d’occasion pour s’enrichir d’une part et se hisser socialement en vue de servir et d’asseoir d’autre part » (Eric Aguenounon, la soif du pouvoir). 

 

 

Plaidoyer pour la politique du même plan est donc une réponse à tous ceux qui pensent que c’est leur réflexion politique qui est juste et refuse de collaborer pour l’évolution de notre pays. Il est donc temps de voir la réalité en face et d’accueillir cette continuité au sein de notre pays sans oublier de toujours sonner l’alarme s’il y a des dérives car en démocratie, le pouvoir est un « lieu vide » comme nous l’apprend Claude Lefort. Encourageons donc notre président Romuald Wadagni afin qu’il puisse continuer de nous conduire sur la voie du développement et tirons la sonnette d’alarme toutes les fois où ce but ne semble plus être poursuivi. 

 

Nicholson Antoine Houénoumabou KOHOUN

Etudiant-Séminariste en cycle de philosophie. 

 

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