La Nuit du Kanvo et de l'Indigo, samedi 18 juillet 2026 à Cotonou. Crédit photo : gouvernement du Bénin
Le Kanvo et l'Indigo ne sont plus seulement des textiles traditionnels. Le gouvernement béninois veut désormais faire du Kanvo et de l’Indigo des produits de luxe capables de s'imposer sur les marchés internationaux.
Cette ambition a été réaffirmée lors de la première édition de « La Nuit du Kanvo et de l'Indigo », organisée le samedi 18 juillet 2026 à Cotonou par le Fonds de développement de l'artisanat (FDA), sous le patronage du ministère des petites et moyennes entreprises et de la promotion de l'emploi (PMEPE).
Placée sous le thème « Héritage d'avant-garde : luxe, modernité, identité africaine », cette première édition a mis en lumière soixante-quinze créations originales réalisées par quinze stylistes et designers.
Le Kanvo et l'Indigo, des produits à forte valeur ajoutée
La soirée a été l’occasion pour le gouvernement d’exposer au public sa vision en faveur du développement de la filière textile artisanale.
Le directeur général du Fonds de développement de l'artisanat (FDA), Clétus Nestor Guezo, a expliqué le cadre institutionnel et l’objectif premier de l’événement.
« À travers cette initiative, inscrite dans notre plan de travail annuel 2026, nous avons souhaité créer un espace de célébration, de valorisation et de promotion de deux fleurons de notre patrimoine. Le Kanvo, symbole d'élégance et de prestige, et l'Indigo, héritage ancestral dont les techniques continuent de traverser les générations », a-t-il explicité.
Selon le directeur général du FDA, l’artisanat béninois est un véritable levier de développement économique, de création d'emplois et de rayonnement pour notre pays. « Il mérite d'être connu, mieux valorisé et résolument tourné vers les marchés nationaux et internationaux », a-t-il déclaré.
Même ambition du côté du ministère des Petites et Moyennes Entreprises et de la Promotion de l'Emploi. Procédant au lancement officiel de la soirée, la ministre Awaou Baco a indiqué que cet événement est « bien plus qu'un simple défilé de mode ».
À ses yeux, il traduit « une ambition nationale » consistant à « transformer notre précieux patrimoine artisanal en un puissant levier de croissance économique, de création d'emplois, de fierté culturelle et de rayonnement international pour le Bénin ».
Pour l’autorité ministérielle, « le Kanvo et l'Indigo ne sont pas de simples tissus ». Ils racontent « notre histoire » et portent « le génie de nos artisans, la patience de nos tisserands, la maîtrise ancestrale de nos teinturiers, l'audace de nos stylistes et, au-delà, l'âme de notre peuple ».
Longtemps relégués au rang de textiles traditionnels, le Kanvo et l’Indigo s’imposent aujourd'hui comme « des matières de haute expression artistique, des symboles de raffinement et des produits à forte valeur ajoutée, prêts à conquérir les marchés les plus exigeants à l'international », en est convaincue la ministre des PMEPE.
Pour Awaou Baco, le cap est désormais clair : « Faire du made in Benin une signature prestigieuse sur les scènes africaines et mondiales, un label où la qualité, l'authenticité et l'élégance se rencontrent ».
Les autorités invitées à montrer le bel exemple
Pour les acteurs de la filière, cette ambition passera également par une plus grande appropriation des textiles locaux par les autorités publiques.
Le maire de Cotonou, Luc Gnacadja, a ainsi invité les participants à intégrer dans leur garde-robe au moins l'un des modèles présentés au cours de la soirée.
La styliste et promotrice de la marque Bel Enfant Fashion, Doris Amélie Apovo, est allée dans le même sens. Elle estime que les autorités gagneraient à porter davantage le Kanvo et l'Indigo afin de renforcer leur visibilité auprès du grand public.
Elle a cité en exemple la Première dame du Bénin, Nathalie Villette Wadagni, apparue vêtue d'une robe confectionnée en tissu Indigo lors de l'élection présidentielle du 12 avril 2026, puis de nouveau le 24 mai 2026 à l'occasion de la cérémonie d'investiture du président Romuald Wadagni. Pour la créatrice, ce type d'image contribue à renforcer l'attractivité des textiles béninois.
Les créateurs réclament davantage d'investissements
Si les ambitions affichées sont saluées, certains créateurs estiment que la filière devra encore relever plusieurs défis pour être pleinement compétitive.
Doris Amélie Apovo appelle notamment l'État à investir davantage dans l'amélioration de la qualité des tissus produits localement.
Selon elle, le Kanvo souffre encore d'une réputation de textile « dur » ou « sec », une perception qui peut freiner son adoption.
« Si l'État met les moyens, on pourra avoir des merveilles souples puisque nous avons du coton. Si l'État met les moyens, on peut avoir ce qu'on veut », a-t-elle plaidé.
Pour la styliste, le renforcement des investissements publics permettra non seulement d'améliorer la qualité des textiles, mais aussi d'offrir aux jeunes créateurs les opportunités que leurs prédécesseurs n'ont pas toujours eues.
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