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Vodun Gambada et Thron Kpéto Déka Alafia au Bénin: à la découverte du jeûne et ses similitudes avec le Ramadan

Vodun Gambada et Thron Kpéto Déka Alafia au Bénin: à la découverte du jeûne et ses similitudes avec le Ramadan

Ce vendredi 20 mars 2026 au Bénin, ce ne sont pas uniquement les fidèles musulmans qui célèbrent la fin du mois de jeûne. Les adeptes des vodun Gambada et Thron Kpéto Déka Alafia marquent également la fin de leur propre période de jeûne. Banouto vous propose de mieux comprendre ce jeûne encore méconnu du grand public.

Ce vendredi 20 mars 2026 au Bénin, ce ne sont pas uniquement les fidèles musulmans qui célèbrent la fin du mois de jeûne. Les adeptes des vodun Gambada et Thron Kpéto Déka Alafia marquent également la fin de leur propre période de jeûne. Banouto vous propose de mieux comprendre ce jeûne encore méconnu du grand public.

Hounongan Xôssou Zanzan Zinho Klêdjê, haut dignitaire du Vodun Gambada et président de l'association des prêtres du Vodun Gambada au Bénin

Hounongan Xôssou Zanzan Zinho Klêdjê, haut dignitaire du Vodun Gambada et président de l'association des prêtres du Vodun Gambada au Bénin

Jour de fête chez les adeptes du vodun Gambada à Ouidah. Au domicile de Hounongan Xôssou Zanzan Zinho Klêdjê, haut dignitaire du vodun Gambada et président de l’Association des prêtres du Vodun Gambada du Bénin (APVoGaB), la fin du jeûne est marquée d’un cachet spécial.

 

Pour la circonstance, un bélier a été immolé et des repas de riz et de pâte de maïs préparés pour marquer la rupture collective du jeûne. Une prière est prévue entre dignitaires et adeptes du vodun Gambada.

 

Des similitudes avec le jeûne musulman

 

La période de jeûne dans cette branche de la religion traditionnelle a débuté au même moment que chez la communauté musulmane, soit le mercredi 18 février 2026.

 

Pendant trente jours, les adeptes du vodun Gambada ont observé des pratiques très proches de celles des fidèles musulmans. « Nous mangeons à l’aube, vers 5 heures, et nous rompons le jeûne à 19 heures », détaille Hounongan Zanzan Zinho Klêdjê.

 

La journée est rythmée par plusieurs moments de recueillement. « Nous faisons la prière à 5 heures, à 14 heures, à 18 heures et à 20 heures après la rupture », poursuit-il.

 

Comme dans l’Islam, certaines catégories de personnes sont exemptées. « Le jeûne ne concerne pas les malades, les enfants, les femmes enceintes, les femmes allaitantes et les vieillards », précise-t-il. Les enfants peuvent toutefois commencer à jeûner dès l’âge de sept ans, mais cela reste facultatif.

 

Au-delà de la privation de nourriture, cette période impose également une rigoureuse discipline morale. « Quand nous sommes en période de jeûne, il y a des interdits chez nous. Nous ne tenons pas de rapports sexuels et nous évitons la colère et les disputes », explique le dignitaire. « Même si quelqu’un te cherche querelle, tu dois lui demander pardon, même si tu as raison », insiste-t-il.

 

L’aumône, une valeur centrale pendant le jeûne

 

Au-delà des rites et des interdits, le mois de jeûne est aussi marqué par des actes de partage. Le samedi 14 mars 2026, un reporter de Banouto a constaté une séance d'aumône au domicile du haut dignitaire du Vodun Gambada. Assis devant sa concession, coiffé d’un bonnet clair et vêtu d’un tee-shirt noir, il s’affairait à répartir du riz dans de petits sachets destinés à être distribués.

 

Pour l’occasion, il avait acheté un sac de riz de 50 kilogrammes. À l’aide d’un petit bol, il puisait le riz dans le sac et le versait méthodiquement dans de petits sachets noirs. Autour de lui, ses enfants prenaient le relais en nouant chaque sachet rempli, formant peu à peu une pile de portions prêtes à être remises aux bénéficiaires.

 

La distribution n’était pas réservée uniquement aux adeptes du Vodun. Une scène a particulièrement retenu l’attention de notre équipe : le dignitaire a demandé à l’un de ses enfants d’aller remettre un sachet de riz à un voisin, qui se trouve être un pasteur chrétien.

 

Hounongan Xôssou Zanzan Zinho Klêdjê verse du riz dans un sachet gardé par son enfant Faustin

 

Le haut dignitaire et président de l'association des prêtes du Vodun Gambada balaie du revers de la main toute idée d’incompatibilité entre son obédience religieuse et le partage avec des responsables d’autres confessions. « Ce n’est pas mon fétiche qui fabrique le riz que j’offre au pasteur, donc il n’y a pas de raison pour qu’il ne le mange pas », soutient-il.

 

Le geste, précise-t-il, est bien accueilli par son voisin. « Quand j’envoie ces dons à mon voisin pasteur, il me remercie simplement. Il ne me retourne pas ce que je lui offre », indique Hounongan Xôssou Zanzan Zinho Klêdjê. Et ce jour-là encore, l’enfant chargé de remettre le sachet de riz au pasteur est revenu les mains vides. « Je le lui ai remis en main propre », a-t-il confié à son retour.

 

Le haut dignitaire insiste sur le caractère universel de son geste. « Je fais mon “sara” pour tout le monde », affirme-t-il. Pour lui, l’appartenance religieuse ne doit en aucun cas être un critère d’exclusion. « Tu peux être musulman, tu peux être prêtresse de Hêviosso, tu peux être chrétien. Moi, je ne fais pas de discrimination dans mon aumône », poursuit-il en langue Fon.

 

Pendant le jeûne, même les divinités jeûnent

 

Dans la conception spirituelle des vodun Gambada et Thron Kpéto Déka Alafia, la période de jeûne ne concerne pas uniquement les fidèles. « Lors du mois de jeûne, le vodun Gambada aussi jeûne », affirme le dignitaire.

 

Les offrandes habituellement adressées à la divinité sont suspendues pendant la journée. « Si on doit lui donner quelque chose, c’est seulement de la boisson, et cela se fait après 19 heures, après la rupture du jeûne », précise-t-il. Des bougies ou des cigarettes peuvent également être allumées en guise d’offrandes à la divinité Gambada, mais uniquement après la tombée de la nuit.

 

À environ 55 kilomètres d’Ouidah, dans le village de Tanta, arrondissement d’Adjan, commune de Zè, la fin de la période de jeûne est également marquée chez Hounnon Vinawa, un dignitaire du vodun Thron Kpéto Déka Alafia.

 

Le dignitaire indique que la période de jeûne s’est étendue, comme chez les musulmans, du 18 février au 20 mars 2026. Il précise que le jeûne chez le vodun Thron se déroule pratiquement de la même manière que chez le vodun Gambada. « Chez nous, le jeûne n’est pas obligatoire pour les fidèles. C’est d’abord la divinité Thron qui jeûne », explique-t-il.

 

Les offrandes habituelles (eau, parfum, cola, poudres) faites au vodun Thron sont suspendues durant la journée. « Pendant la période de jeûne, on ne lui donne plus ces choses-là jusqu’à 19 heures », précise le dignitaire.

 

Chez les adeptes du Thron, aucune grande cérémonie n’est prévue ce vendredi. « Il n’y aura pas de cérémonie ce vendredi, car les lundis et les vendredis, on n’ouvre pas le temple avant 18 heures », indique Hounnon Vinawa. L’immolation d’un bélier intervient, explique-t-il, à une autre période de l’année et se fait à un carrefour, et non directement sur la divinité.

 

Pour les deux dignitaires, le mois de jeûne est un moment de purification et de rapprochement avec la divinité. Il permet d’obtenir des grâces longtemps recherchées et de prier pour les personnes décédées de manière tragique.

 

Le don de sachets de riz du haut dignitaire du Vodun Gambada à son voisin pasteur est un geste simple, mais qui, à lui seul, résume la manière dont, au Bénin, la diversité religieuse rapproche et que des chemins spirituels se croisent sans s’opposer.

 

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