Soldats saldariens (Photo d'illustration)
Le chiffre a rapidement évolué. D’abord annoncé autour de 1 000 hommes, le contingent salvadorien présent en Haïti atteignait environ 2 000 soldats au 28 octobre 2026, selon des informations rapportées par Reuters.
Deux sources citées par l’agence indiquent que les effectifs pourraient, pour le moment, être plafonnés à 2 500 militaires.
Mais pourquoi le Salvador envoie-t-il autant de militaires dans ce pays des Caraïbes ? Quelle est la réaction des autorités haïtiennes ? Et que faut-il comprendre des déclarations de Nayib Bukele ?
Des Salvadoriens portés disparus
Tout commence le 18 octobre 2026. Quatre techniciens de l’aviation salvadoriens, membres de la Force de répression des gangs (FRG), une mission internationale soutenue par les Nations unies, disparaissent après une attaque armée dans la commune de Croix-des-Bouquets, en périphérie de Port-au-Prince.
D’après les informations rapportées par Associated Press (AP), les quatre hommes se trouvaient dans un véhicule blindé pris pour cible par des groupes armés. Ils auraient quitté le véhicule après que celui-ci a pris feu. Depuis, leur sort reste incertain. Aucun groupe armé n’a revendiqué l’attaque ni confirmé les détenir.
Cette disparition déclenche une réaction du président salvadorien. Le 21 octobre, Nayib Bukele annonce le lancement d’une opération militaire pour retrouver ses compatriotes. Il adresse également un avertissement aux gangs haïtiens, exigeant que les quatre hommes soient rendus « vivants et indemnes ».
Dans un message publié sur X, rapporté par AP, il prévient : « L’attaque d’aujourd’hui n’est rien comparée à ce qui s’annonce s’ils ne libèrent pas les quatre otages vivants. » Le dirigeant menace ainsi d’une intervention plus importante si les techniciens ne sont pas retrouvés.
Pourquoi autant de soldats ?
Avant cette crise, le Salvador comptait au moins 124 militaires et personnels dans le dispositif international engagé en Haïti, selon les informations rapportées par Reuters. Leur mission était principalement liée aux évacuations médicales. L’envoi de renforts marque donc un changement d’échelle.
Le 27 octobre, Reuters rapporte qu’environ 1 000 soldats salvadoriens ont été déployés dans le pays. Deux jours plus tard, l’agence fait état d’un effectif d’environ 2 000 hommes. Le gouvernement salvadorien affirme prendre en charge 90 % des dépenses de l’opération. « C’est très difficile pour nous, mais nous avons appris à nos dépens que la justice et la paix n’ont pas de prix », a écrit Nayib Bukele, président salvadorien sur ses réseaux sociaux.
Des avions militaires américains C-130 ont également contribué au transport des troupes, selon un responsable militaire américain cité par Reuters.
Cette mobilisation intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement difficile. En Haïti, les gangs armés étendent leur influence, notamment dans la capitale et ses environs. Leurs activités comprennent les enlèvements, les extorsions, les massacres et les violences sexuelles. Selon les données des Nations unies reprises par AP, près de 1,5 million de personnes ont été déplacées par les violences ces dernières années.
Le Salvador intervient dans le cadre de la Force de répression des gangs, connue sous son sigle anglais GSF. Cette force multinationale, soutenue par l’ONU, a été mise en place pour aider les autorités haïtiennes à combattre les groupes armés. Le Conseil de sécurité des Nations unies lui a accordé une prolongation de mandat jusqu’en mars 2027.
Toutefois, son déploiement reste inférieur aux effectifs initialement prévus. Alors que l’objectif des Nations unies était de mobiliser jusqu’à 5 550 personnels de sécurité, la force ne comptait qu’un peu plus de 2 000 membres sur le terrain, selon Reuters. L’arrivée massive des Salvadoriens modifie donc sensiblement le rapport de forces au sein du dispositif international.
« Ce n’est pas une invasion », assure Nayib Bukele
Face aux interrogations suscitées par l’ampleur de l’opération, le président salvadorien a choisi de s’adresser directement à la population haïtienne. Le 29 octobre, il publie sur sa page Facebook un long message en créole haïtien pour expliquer les objectifs de son intervention.
Nayib Bukele assure que « ce n’est pas une opération contre le peuple haïtien ni une invasion d’Haïti. » Il ajoute que son pays n’a « aucun intérêt à venir dominer le peuple haïtien ni à mettre la main sur les richesses d’Haïti ».
Le chef de l’État présente deux objectifs à son intervention : retrouver les quatre techniciens disparus et combattre les gangs responsables des violences. « Nous allons donner une leçon à ces gangs qui font souffrir le peuple haïtien, qui tuent ses proches et qui l’empêchent de mener une vie normale, libre et sans peur », écrit-il.
Bukele justifie également cette mobilisation par l’expérience de son propre pays, qui a mené une politique particulièrement ferme contre les gangs. Il affirme que le Salvador a lui aussi connu une période de grande violence avant de retrouver une situation sécuritaire plus favorable. Il invite ainsi les Haïtiens à faire confiance aux forces salvadoriennes.
Le président promet le retrait des militaires une fois leur mission achevée. « Aidez-nous à aider Haïti », lance-t-il dans son message.
Quelle est la position des autorités haïtiennes ?
Du côté haïtien, la réaction officielle est passée par un échange entre le Premier ministre de transition, Alix Didier Fils-Aimé, et Nayib Bukele. Les deux dirigeants se sont entretenus par téléphone le mercredi 28 octobre 2026.
Dans un communiqué rapporté par Gazette Haïti, la Primature haïtienne indique que les deux responsables ont « réaffirmé leur engagement à renforcer la coordination bilatérale et la coopération opérationnelle » pour répondre aux défis sécuritaires.
Les discussions ont notamment porté sur le déploiement des militaires salvadoriens et les opérations destinées à retrouver les quatre techniciens disparus. Le gouvernement haïtien précise que l’intervention s’inscrit dans le cadre de la Force de répression des gangs.
Dès le 21 octobre, après l’annonce de l’opération de secours par Bukele, les autorités haïtiennes avaient qualifié la libération des quatre hommes de « priorité absolue ». Elles avaient également annoncé la mobilisation des ressources nécessaires et une collaboration étroite avec la force internationale, selon Associated Press.
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