Inondations à Sèkandji
Allamandossi, quartier du village Sèkandji à Sèmè-Podji. Le paysage de ce quartier en cette matinée du lundi 13 juillet 2026 rappelle immédiatement les villages lacustres de Sô-Ava. Rues entièrement immergées, maisons transformées en lacs, activités presqu’au ralenti. Contrairement à Sô-Ava, le tableau ici est le résultat de la pluie qui a pris le dessus sur la terre ferme et bousculé le quotidien de nombreux habitants.
Peu avant 8 heures, Aurel, agent à la comptabilité d’une société de vente de produits congelés, se prépare pour se rendre au service. Le jeune homme chausse des bottes en caoutchouc puis patauge dans les eaux stagnantes des rues de son quartier. A tâtons, il doit marcher plusieurs minutes pour rejoindre le domicile d’une connaissance à proximité de la chaussée chez qui il abandonne sa moto depuis les dernières précipitations. Aurel a fait ce choix pour éviter d’endommager son moyen de déplacement.
« Il y a des caillasses, des briques dans l'eau. Le risque d'exploser les plastiques de la moto contre des cailloux dans l'eau est grand. Je préfère ne pas prendre ce risque », a-t-il expliqué. Le père de famille ne se rappelle d’ailleurs pas combien de fois, il a dû procéder à des changements de roulements et de patins depuis le début des inondations.
La présence de l’eau dans les rues et ruelles du village a provoqué une hausse des prix de transport chez les conducteurs de taxi-moto communément appelés zémidjans. « Là où j'avais l'habitude d'aller avec 200 FCFA, un zem peut te dire que tu vas payer 800 ou 1000 », confie-t-il déplorant une surenchère. Evaluant l’impact des inondations sur ses revenus, le parent d’élèves s’imagine ce qu’auraient été ses difficultés si cette situation survenait en pleine année scolaire.
Comme Aurel, Michaël a changé de stratégie en matière de déplacement. Il a garé sa petite voiture et a repris sa moto, avec laquelle il fait ses courses. « Je ne peux pas me permettre de sortir mon véhicule en cette période », a-t-il fait savoir. Pour permettre à sa moto de ne point s’éteindre dans l’eau qui fait plusieurs dizaines de centimètres, il a procédé à un « blindage de la bougie » de son engin à deux roues. Cette technique, explique-t-il, consiste à mettre de la graisse sur la bougie et à l'enrouler avec du scotch, de sorte que l'eau ne puisse pas la toucher. « Vous voyez les motos qui arrivent à passer dans l'eau sans s'éteindre ? C'est la pratique que suivent les conducteurs », a-t-il affirmé.
Appelé pour un dépannage, un ouvrier qui n'a pas « blindé » sa bougie a été interrompu dans sa progression par l’eau. Tombé en panne, il a été contraint de trainer sa moto. Chose curieuse : après une bonne distance, l'ouvrier s'arrête au milieu de l'eau, sort son téléphone et filme autour de lui. Surprise par son geste, une dame qui revenait de la ville l’interroge : « Grand-frère, vous vous filmez encore ? ». « Je vais montrer la vidéo à ma femme une fois à la maison, ainsi elle se fera une idée de comment je souffre pour trouver de l'argent », a-t-il répondu, sourire aux lèvres.
Désarroi d’ouvriers, commerçants…
Les fortes pluies et l’inondation qu’elles ont provoquée ne sont pas sans conséquence sur l’activité de nombreux habitants du quartier. Les précipitations du lundi 13 juillet 2026 ont mis sous l’eau l’atelier d’un des mécaniciens du quartier. La trentaine, l'homme qui répare les motos éteintes dans l'eau et fait des réglages sur d'autres motos, a dû abandonner son atelier de fortune. Il a été contraint de trouver refuge sur la terrasse d'un immeuble en face. « Aujourd'hui, c'est mon atelier. Sinon, depuis près d'une semaine, ma chambre est inondée. L'eau me prend jusqu'ici (montrant le milieu de sa jambe) », a-t-il confié, la tristesse lisible sur son visage. Le mécanicien apprend que ses canapés sont totalement trempés.
La tristesse est également un sentiment partagé par Maman Rebecca. L’inondation a impacté son petit commerce de bouillie. La rue étant noyée sous les eaux, la clientèle s'est évaporée, aussi rare désormais que la verdure en plein désert. Vers 11 heures, elle continuait de scander son appel aux clients : « koko zozo (Bouillie chaude, en langue fon, Ndlr) ! ». « Grand-frère, il y a de la bouillie chaude. Vous ne voulez pas en prendre ? », propose-t-elle désespérément au passage du reporter de Banouto. Elle confie que les pluies de ces derniers jours ont plombé complètement son activité.
Nonobstant la mévente, Maman Rebecca dont la marchandise de bouillie et de beignets trône sur une terrasse bien haute est parmi les mieux logés du quartier. D'autres vendeuses, ne disposant pas d'un emplacement aussi avantageux, ont vu leur étal pris d'assaut par l'eau. La vendeuse de pain, d'atassi (met fait à base de riz et de haricot, ndlr) et de voandzou du quartier est contrainte au chômage technique. Sa baraque de fortune sous l'eau depuis le début des pluies. Elle a dû attacher ses bancs et tabourets à une table pour éviter que l’eau les emporte.
La situation d’Allamandossi serait encore meilleure que celle de Houéyogbé et Gbago, d’autres quartiers du village Sékandji. Dans ces quartiers, certains habitants ont momentanément abandonné leurs domiciles devenus complètement inaccessibles, a confié à Banouto une riveraine. Dépitée, cette dernière se demande si Sèkandji est un village maudit.
0 commentaire
0 commentaire