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À quelques jours de l'entrée du procès dans sa phase décisive, le dossier Dangnivo a connu un nouveau rebondissement. Vendredi 3 juillet, le Tribunal de première instance de première classe de Cotonou a consacré une longue audience à l'audition de plusieurs témoins et protagonistes de cette affaire qui secoue le Bénin depuis près de seize ans.
L'ancien directeur général de la Police nationale, Louis Philippe Houndégnon, était particulièrement attendu à la barre. Son témoignage, tout comme les déclarations des accusés Donatien Amoussou et Codjo Alofa ainsi que celles de plusieurs anciens responsables des forces de sécurité, a fait émerger de nouvelles contradictions et ravivé des interrogations sur le déroulement des premières investigations.
Une nouvelle piste avec le nom d'Akon Isidore
Le moment le plus marquant de l'audience est sans doute venu de la déposition de Louis Philippe Houndégnon. Convoqué à la demande de la défense après avoir affirmé dans les médias connaître des éléments sur la disparition de Pierre Urbain Dangnivo, l'ancien patron de la Police nationale a expliqué qu'il n'avait pas participé directement à l'enquête. Il affirme toutefois avoir reçu des informations d'un informateur qu'il juge crédible.
Selon lui, cet informateur, Bernardin Aguiah, lui avait clairement désigné Isidore Akon comme l'auteur du meurtre présumé. « C'est Akon Isidore qui a tué Pierre Urbain Dangnivo », a-t-il déclaré à la barre. L'ancien responsable de la police a précisé que ce même informateur avait déjà permis, en 2005, de résoudre une affaire de double meurtre. Il affirme avoir transmis ces renseignements à sa hiérarchie, sans que cette piste ne soit véritablement exploitée.
« La politique a pris le dessus sur la vérité »
Au-delà du nom avancé, c'est surtout l'analyse de Louis Philippe Houndégnon sur la conduite de l'enquête qui a retenu l'attention. Selon lui, les investigations se sont heurtées à des blocages internes qui ont empêché d'approfondir la piste Akon Isidore. « Voilà un dossier dans lequel la politique a pris le dessus sur la vérité », a-t-il lancé devant le tribunal.
L'ancien DGPN estime que « la politisation de cette affaire n'a pas permis de savoir ce qui s'est passé ». Interrogé sur le mobile du crime, il a rapporté les confidences de son informateur : Pierre Urbain Dangnivo aurait été tué parce qu'il avait résisté lors de vol de clés des bureaux du trésor qui étaient en sa possession. Isidore Akon devrait lui dérober les clés en vue d’un cambriolage au trésor public. « Aguiah m'a dit que c'était parce que Dangnivo a voulu résister, c'est pourquoi Akon l'a tué », a-t-il déclaré.
Il a également indiqué qu'une personne toujours en vie pourrait, selon lui, permettre de retrouver Akon Isidore. Il a demandé à communiquer son identité au tribunal à huis clos.
Alofa et Donatien Amoussou maintiennent leurs versions
Après cette audition, Donatien Amoussou et Codjo Alofa ont de nouveau défendu leur position. Donatien Amoussou a rejeté toute responsabilité dans la disparition de Dangnivo. Il affirme être détenu à tort depuis seize ans. « Je suis devant vous en tant qu'accusé, mais dans ma tête je suis un témoin. Je n'ai rien à me reprocher dans ce dossier », a déclaré l'accusé.
Il soutient notamment que le téléphone de Pierre Urbain Dangnivo n'a jamais été retrouvé à Océan FM contrairement à ce qui avait été avancé auparavant. Selon lui, c'est le colonel Séverin Koumassegbo qui lui aurait demandé de participer à une mise en scène autour de cet appareil.
De son côté, Codjo Alofa a nié avoir lui-même indiqué l'emplacement où le corps aurait été retrouvé à Womey. Il affirme que c'est un certain Degbo qui lui aurait montré l'endroit à désigner. Il accuse également le commissaire à la retraite Prince Aledji de lui avoir demandé de citer Donatien Amoussou comme coaccusé.
Les contradictions persistent autour de l'exhumation
Appelé à la barre, le contrôleur général de police à la retraite Prince Aledji est revenu sur les circonstances de l'exhumation réalisée à Womey. Il a contesté plusieurs affirmations formulées lors des précédentes audiences, tout en décrivant l'état des restes humains retrouvés. « Je pense qu'après le meurtre, ils ont essayé de trouver du bois pour brûler le corps. Mais une main n'était pas totalement brûlée », a-t-il expliqué.
Interrogé par le président du tribunal sur les analyses scientifiques réalisées à l'époque, il a reconnu que les cendres présentes sur le site n'avaient pas été prélevées pour confirmer cette hypothèse. Ces échanges ont une nouvelle fois mis en évidence les divergences entre les différents témoins concernant les premières constatations effectuées sur les lieux.
Le procès entre dans sa dernière ligne droite
L'audience s'est achevée sur une bataille de procédure. La défense a demandé la mise en liberté d'office de Codjo Alofa et Donatien Amoussou, rappelant que les deux hommes sont détenus depuis seize ans et estimant que les délais légaux sont largement dépassés.
La partie civile, de son côté, a insisté sur la nécessité d'entendre encore plusieurs experts afin d'éclairer définitivement les circonstances de la disparition de Pierre Urbain Dangnivo. Elle a également rappelé que la famille Dangnivo « n'a jamais désigné Alofa ni Amoussou » comme auteurs des faits.
Le ministère public a, pour sa part, estimé que le dossier était désormais suffisamment instruit pour passer au jugement. Car, selon lui, le but du présent procès est de déterminer si Codjo Alofa et Donatien Amoussou sont impliqués dans la disparition Pierre Urbain Dangnivo.
Le tribunal a finalement renvoyé l'affaire au mercredi 8 juillet 2026. Cette prochaine audience sera consacrée à la lecture des pièces du dossier, aux réquisitions du ministère public et aux plaidoiries des avocats, une étape décisive avant que la justice ne tranche l'un des dossiers criminels les plus emblématiques de ces dernières années au Bénin.
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