Un pas majeur franchi dans la lutte contre la corruption sexuelle au Bénin. L'ONG SOS Civisme Bénin et le média Banouto ont tenu à Bohicon un atelier de validation du rapport d'étude sur les faits de corruption sexuelle dans les quatre communes à statut particulier du Bénin.
L'atelier a réuni un large panel d'acteurs institutionnels et de la société civile constitué entre autres des représentants de l'Institut National de la Femme (INF), le Haut-Commissariat à la Prévention de la Corruption (HCPC), le Conseil Économique et Social (CES), la Commission Béninoise des Droits de l'Homme (CBDH), la structure Transparency International, l’ONG ALCRER, ainsi que les ministères de la Justice, de la Famille et de l'Enseignement Supérieur. Les mairies d'Abomey-Calavi, de Parakou et de Porto-Novo, figuraient également parmi les participants.
À l'ouverture des travaux, Estelle Akpa-N'Kakou, directrice exécutive de l’ONG SOS Civisme Bénin, a affirmé que « seule une mobilisation collective des institutions publiques, des collectivités territoriales, des organisations de la société civile, des médias, des partenaires techniques et financiers ainsi que des communautés permettra d'obtenir des résultats durables dans ce combat ».
La directrice exécutive de l’ONG SOS Civisme Bénin a réaffirmé l’engagement du consortium SOS Civisme Bénin – Groupe Banouto à poursuivre ses efforts aux côtés de l'ensemble des acteurs impliqués. Ce, «afin de promouvoir l'intégrité, la transparence, l'égalité de genre et le respect des droits fondamentaux dans nos communes et dans notre pays».
L'INF, par la voix de Yolande Fleury, cheffe pôle communication et sensibilisation, a salué l'initiative à l'issue des travaux. « Bien cerné le phénomène, bien cerné la réalité permettra de mieux la combattre », a-t-elle déclaré.
Le représentant du président du Conseil économique et sociale (CES) a ensuite salué la rigueur du rapport soumis à validation, y voyant « un outil précieux pour mieux comprendre les réalités du terrain et orienter l'action publique ».
Les conclusions de l'étude
L'étude objet du rapport est réalisée dans le cadre du projet « Stop corruption, Stop VBG » avec l'appui financier de l'Agence Française de Développement (AFD) via Expertise France. Elle définit la corruption sexuelle comme l'abus d'autorité pour obtenir des faveurs sexuelles en échange de services ou d'avantages.
Les résultats des travaux indiquent que la corruption sexuelle est une réalité vivante dans les quatre communes étudiées, avec de nombreux cas documentés, notamment à Abomey-Calavi, qui abrite la principale université du Bénin.
Si les femmes constituent la majorité des victimes, il n’en demeure pas moins que les hommes sont également touchés par ce phénomène, souligne l'étude.
L'analyse des cas documentés fait ressortir quatre constantes présentes dans l'ensemble des communes étudiées.
La première constante est relative à l'exploitation d'un rapport d'autorité, hiérarchique, académique ou administratif est observable dans la totalité des situations documentées.
La deuxième se fait observer lorsqu'une victime refuse de céder à la corruption sexuelle. Cette victime fait face à des mesures de rétorsion, des blocages administratifs ou des sanctions académiques.
Le troisième constat est celui du silence massif. Dans neuf situations sur dix, les victimes choisissent de se taire, ce qui installe une impunité quasi-absolue pour les auteurs.
L’étude relève en quatrième position un trauma psychologique généralisé, dont les séquelles dépassent largement la sphère matérielle ou administrative.
Cinq niveaux de blocage à la dénonciation
L'étude identifie par ailleurs cinq obstacles imbriqués qui dissuadent les victimes de dénoncer les faits. Ces obstacles sont aux niveaux : psychologique, social, institutionnel, économique et situationnel.
Au niveau psychologique, les victimes sont paralysées par la honte et la culpabilisation.
Au niveau social, la peur de la stigmatisation et le poids du contrôle communautaire jouent un rôle déterminant.
Au niveau institutionnel, l'absence de canaux de plainte fonctionnels et accessibles consolide l'impunité structurelle.
Au niveau économique, la dépendance matérielle vis-à-vis de l'auteur et le coût des procédures rendent la justice inaccessible.
Au niveau situationnel, les menaces de représailles et les conseils de silence de l'entourage achèvent de museler les victimes.
Au terme de deux jours de travaux, le rapport a été officiellement validé par les participants. Le rapport validé sert désormais d'outil de référence pour orienter les futures actions de sensibilisation, de prévention et de plaidoyer institutionnel dans le cadre du projet « Stop corruption, Stop VBG ».
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