Institué par la révision constitutionnelle de novembre 2025, le Sénat va officiellement connaître ses premiers membres. Ils sont au nombre de vingt-cinq et sont composés d'anciens présidents de la République, d'anciens parlementaires, d'anciens membres de la Cour constitutionnelle et d'autres personnalités désignées. Ces membres seront installés jeudi 30 juillet 2026, à l'issue d'une cérémonie qui se tiendra au siège de l'Assemblée nationale à Porto-Novo.
Qu'attendent les Béninois de ce Sénat, première mandature qui va réunir les trois anciens présidents encore en vie, Nicéphore Dieudonné Soglo, Thomas Boni Yayi et Patrice Talon ? Selon Euloge Dandjinou, fiscaliste et observateur de la vie politique, ils doivent, dans leur ensemble, « œuvrer pour la régulation de la vie politique, de la stabilité et du renforcement de l'unité nationale ».
En tant que sénateurs, espère-t-il, les sénateurs doivent user de leurs expériences professionnelles, politiques et de vie, puisque la plupart d'entre eux ont dépassé 70 ans, pour réunir les fils et filles du Bénin, jadis divisés par les clivages politiques. « Le climat actuel qui prévaut dans le pays nécessite un apaisement », a-t-il signifié. Selon lui, le Bénin a besoin de tous ses fils pour son développement. Il a, de ce fait, invité les sénateurs à agir en faveur de la libération des « prisonniers politiques » et du retour des exilés.
« Au-delà de ce que la loi leur confère, à savoir la régulation de la vie politique et la sauvegarde de l'unité nationale, ils doivent aussi penser à ce volet afin que nous nous sentions chez nous », a-t-il souhaité. Pour ce Béninois, "la paix n'est pas un vain mot" et il faut une véritable paix pour le pays. Euloge Dandjinou ne souhaite pas voir le Sénat devenir un tribunal, ni une instance qui « muselle » davantage le peuple. Il a fait référence à la trêve politique instaurée par la révision constitutionnelle. « Nous invitons vivement nos sénateurs, qui ne sont pas des moindres, à œuvrer pour que ce pays retrouve ses lettres de noblesse, parce que nous en avons besoin », a-t-il exhorté.
Le régulateur des conflits politiques
Karim Goundi, acteur politique, a salué la création du Sénat qui, selon lui, aurait dû voir le jour au lendemain de la Conférence des forces vives de la nation de 1990, ce qui n'a pas été le cas. Il voit dans le Sénat une institution capable de débloquer le pays si jamais les politiciens décidaient de mener le pays en bateau. « Lorsque l'Assemblée nationale est maîtrisée, il peut arriver que les calculs politiciens bloquent le fonctionnement de l'Exécutif. J'attends du Sénat qu'il corrige ces comportements qui pourraient subsister, afin que l'intérêt supérieur de la nation soit au-dessus de tout », a-t-il fait savoir. Karim Goundi souhaite que le Sénat veille à la fluidité dans la gestion du pays, et que nul, au nom de son intérêt personnel ou de celui d'un groupe, ne bloque le fonctionnement de la nation.
Enseignant de langue française et entrepreneur, Gislain Tènou estime que le Sénat n'est véritablement pas nouveau sur le plan international. Mais avoir des sénateurs au Bénin, estime-t-il, change beaucoup de choses, au point que les gens se demandent quel sera l'impact sur le quotidien des Béninois et sur la vie politique béninoise.
Des Béninois se demandent si la création et l'installation du Sénat permettront d'éviter les dysfonctionnements au niveau de l'appareil étatique et des institutions, ou s'il y aura un contrôle aisé de l'action du gouvernement. N'y aura-t-il pas de conflit de leadership institutionnel entre le Sénat et l'Exécutif ?
Face à ces préoccupations, Gislain Tènou pense que « le Sénat n'est pas en lui-même une mauvaise chose ». « Quand on voit comment il est composé au Bénin, la vision du législateur est de créer une institution de dialogue et de consensus, au sein de laquelle les leaders politiques, militaires et civils pourront s'asseoir, discuter et prendre les décisions qui s'imposent », a-t-il souligné. Selon lui, le Sénat doit être un pôle de dialogue, de consensus et de prise de décisions nationales. « Le Sénat doit être un organe qui permet aux Béninois de se sentir écoutés et concernés par la gestion du pays », a-t-il soutenu.
Pas de guerre de leadership
Le Sénat est composé des leaders les plus haut placés du pays depuis des décennies. Pour Gislain Tènou, ses membres doivent éviter de montrer des failles de leadership dans l'exercice du rôle défini par le législateur. « Une tension entre les membres, notamment entre anciens présidents, peut entraîner une division au sein du peuple et au niveau même de la classe politique. Ce qui serait complètement contraire à la vision du législateur. », relève-t-il.
Pour lui, le temps n'est plus aux querelles politiques mais à l'action. « Au Sénat, il ne doit pas y avoir d'adversaires politiques ni de guerre de leadership. Les combats politiques sont terminés », a laissé entendre l'enseignant. Il prévient les sénateurs que leurs actions et décisions seront beaucoup plus scrutées, compte tenu de la composition de l'institution et surtout de la qualité de ses membres.
L'entrepreneur veut croire que le Sénat et ses membres ne chercheront pas à se substituer au président de la République et à son gouvernement sur certaines décisions. Il compte plutôt sur l'expérience et le parcours de ces membres pour qu'ils soient à la hauteur de leurs missions.
Pas « une institution de plus »
Électricien bâtiment, Achille Toundé fait partie des Béninois qui se demandent si le Bénin dans son fonctionnement actuel a besoin d'un Sénat. Mais la création de l'institution étant désormais acté, il y a lieu de faire en sorte qu'elle ne soit pas « une institution de plus dans la République », soutient-il.
A l'instar d'autres citoyens, pour Achile, cette haute chambre du parlement qui va réunir des personnalités ayant servi le pays presque toute leur vie, ne doit pas servir à raviver les querelles politiques du passé. Il craint que les egos de chacune de ces personnalités ne détournent l'organe de ses réels objectifs. « J'espère que nous allons avoir un Sénat qui ne va pas réveiller les vieilles querelles et les rivalités entre les membres », a-t-il laissé entendre.
Les premières décisions du Sénat donneront-elles raison à ces Béninois ou vont-elles prouver davantage sa nécessité dans la vie politique du Bénin ? En attendant, ils comptent les jours, les semaines, les mois et les années pour tirer leurs conclusions.
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