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Textile : à Bruxelles, l’expérience de la GDIZ inspire une réponse à l’invasion des vêtements chinois

Textile : à Bruxelles, l’expérience de la GDIZ inspire une réponse à l’invasion des vêtements chinois

Face à la montée en puissance du « fast fashion » chinois et aux bouleversements du commerce mondial, responsables politiques, industriels et acteurs du développement ont appelé, mardi 30 juin 2026 à Bruxelles, à bâtir un partenariat stratégique entre l'Europe et l'Afrique autour d'une industrie textile durable, compétitive et créatrice d'emplois. Un débat alimenté par l’expérience de la transformation du coton béninois à la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ).

Face à la montée en puissance du « fast fashion » chinois et aux bouleversements du commerce mondial, responsables politiques, industriels et acteurs du développement ont appelé, mardi 30 juin 2026 à Bruxelles, à bâtir un partenariat stratégique entre l'Europe et l'Afrique autour d'une industrie textile durable, compétitive et créatrice d'emplois. Un débat alimenté par l’expérience de la transformation du coton béninois à la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ).

Débats sur le textile à Bruxelles

Débats sur le textile à Bruxelles

Réunis à l'initiative du groupe ESL Rivington autour d'une conférence consacrée au « Made in Africa », des intervenants ont plaidé pour un changement profond des chaînes d'approvisionnement européennes. Leur conviction est claire, une partie des importations de vêtements aujourd'hui assurées par l'Asie pourrait être progressivement transférée vers l'Afrique, à condition que le continent bénéficie d'investissements massifs dans les infrastructures, le financement industriel et les capacités de transformation.

 

Parmi les intervenants figuraient François Kalfon, député français au Parlement européen, Bruno Delaye, responsable du groupe ESL Rivington, Belinda Edmonds, directrice générale de l'African Cotton Foundation (ACF), Létondji Béhéton, directeur général de la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ) au Bénin, ainsi qu'Arvind Mathur, CEO Textile du groupe ARISE Integrated Industrial Platforms (ARISE IIP).

 

Une industrie textile européenne sous pression

Pour les organisateurs, la recomposition actuelle du commerce international crée une fenêtre d'opportunité pour l'Afrique. Bruno Delaye a rappelé que, hors Maroc, Tunisie et Égypte, la part de l'Afrique subsaharienne dans les exportations textiles vers l'Europe demeure marginale. Une situation paradoxale alors que le continent est l'un des principaux producteurs mondiaux de coton.

 

Selon lui, la domination des produits asiatiques pourrait encore s'accentuer sous l'effet des tensions commerciales internationales. « Les Américains ont mis des droits de douane énormes, 145 % sur les textiles chinois. Qu'est-ce que vont faire les Chinois ? Ils vont déverser le reste sur l'Europe. Et si l'Europe ne se défend pas, ce sera tout ce qui reste encore de l'industrie textile européenne qui va être emporté. »

 

Cette analyse s'inscrit dans un contexte où les plateformes chinoises d'ultra fast fashion ont profondément transformé le marché européen grâce à des prix extrêmement bas, une production massive et des renouvellements très rapides des collections. Les critiques formulées à Bruxelles ne visent pas uniquement les prix. Elles portent également sur les déséquilibres de concurrence générés par des volumes considérables d'importations, des subventions publiques, des capacités industrielles excédentaires et des exigences sociales et environnementales jugées moins contraignantes que celles imposées aux producteurs européens ou africains.

 

Les inquiétudes autour du modèle chinois

Sans remettre en cause le principe du libre-échange, plusieurs intervenants ont dénoncé les effets d'une concurrence jugée déséquilibrée. Le modèle du fast fashion chinois repose sur une capacité exceptionnelle de production, des délais très courts et des prix extrêmement compétitifs. Pour les industriels européens et africains, cette stratégie exerce une forte pression sur les producteurs locaux, réduit leurs marges et fragilise les investissements dans des filières plus durables.

 

Bruno Delaye estime toutefois que le principal argument des importateurs asiatiques – l'accessibilité des prix – n'est plus leur monopole. « L'alternative que représente le textile africain peut aussi cocher la case de l'accessibilité au pouvoir d'achat. »

 

Cette vision rejoint celle des promoteurs du « Made in Africa », qui considèrent que la proximité géographique avec l'Europe permettrait de réduire les coûts logistiques, les délais d'approvisionnement ainsi que l'empreinte carbone des chaînes de valeur. L'Europe commence à renforcer son arsenal contre l'ultra fast fashion.

 

Les discussions de Bruxelles ont également porté sur les mesures déjà engagées par l'Union européenne pour mieux encadrer les importations à très bas coût. Bruno Delaye a notamment cité plusieurs dispositifs destinés à limiter certains effets du commerce en ligne à bas prix : l'instauration d'une contribution forfaitaire de 3 euros sur les petits colis de faible valeur ; la mise en place du Digital Product Passport, destiné à améliorer la traçabilité des produits textiles et à fournir davantage d'informations sur leur origine et leurs caractéristiques environnementales ; le renforcement progressif des mécanismes destinés à faire supporter aux importateurs une partie des coûts environnementaux et de gestion des déchets textiles.

 

Au-delà de ces outils réglementaires, plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité d'intégrer davantage de critères sociaux, environnementaux et industriels dans les achats publics européens.

 

« Ne plus choisir uniquement le prix »

Pour François Kalfon, député européen, la réponse ne peut pas être uniquement commerciale. Elle doit aussi être politique.  « Nous n'avons aucune incitation politique à changer les comportements d'achat et à privilégier les solutions saines. » 

 

Selon lui, le futur de la politique industrielle européenne passe par une évolution des critères de sélection des fournisseurs. « La logique avancée dans le Pacte pour l'industrie propre, c'est celle de ne plus faire dépendre les marchés publics et privés des seuls critères de prix, auquel cas nous serons écrasés et nos emplois en Afrique, mais aussi en Europe et en France seront finalement détruits. »

 

Le parlementaire français voit dans le partenariat industriel avec l'Afrique une alternative crédible à une mondialisation exclusivement fondée sur les coûts.

 

« Le modèle d'ARISE, c'est un partenaire industriel entre égaux, où l'Afrique valorise ses ressources, crée ses emplois, construit son industrie, et où l'Europe sécurise une partie des approvisionnements dans des conditions morales et environnementales saines. C'est une mondialisation choisie plutôt que subie. »

 

Le Bénin mis en exemple grâce à la GDIZ

Létondji Béhéton, Bruno Delaye et François Kaflon (de droite à gauche)
Létondji Béhéton, Arvind Mathur et Bruno Delaye  (de droite à gauche)

Parmi les expériences présentées durant la conférence, celle de la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), développée au Bénin dans le cadre d'un partenariat public-privé entre l'État béninois et ARISE IIP, a retenu une attention particulière.

Son directeur général, Létondji Béhéton, estime que le continent ne manque ni de matières premières ni de main-d'œuvre, mais essentiellement de financements et d'infrastructures.

« Ce que nous demandons aujourd'hui à l'Union européenne, c'est de soutenir l'industrie textile en Afrique. »

 

Il souligne que les investissements dans les infrastructures routières, énergétiques et logistiques constituent la principale condition pour attirer davantage d'investisseurs. Selon lui, transformer le coton directement en Afrique présente plusieurs avantages. « Aujourd'hui, le coton est transformé directement en Afrique, de la fibre au vêtement. »

 

Cette organisation réduit considérablement les distances parcourues par les matières premières, diminue les émissions liées au transport et augmente la valeur ajoutée captée par les pays producteurs.

 

Au Bénin, la GDIZ constitue aujourd'hui l'un des projets industriels les plus ambitieux du continent dans la filière textile.

Selon Létondji Béhéton, la zone transforme déjà 40 millions de kilogrammes de fibres de coton par an, soit près de 12,7 % de la production nationale, tout en ayant permis la création d'environ 16 000 emplois.

 

Pour le responsable béninois, ces résultats démontrent que la transformation locale du coton peut contribuer à répondre simultanément aux enjeux industriels, sociaux et migratoires.

« Si on fait les investissements qu'il faut en Afrique, nous allons pouvoir garder ces gens en Afrique, comme on le fait déjà dans un pays comme le Bénin. »

 

Le dirigeant attribue ce succès à l'engagement de l'État béninois, qui a accompagné le projet par la réalisation d'infrastructures structurantes, notamment dans les domaines de l'énergie, des routes et du gaz.

Pour autant, les défis restent considérables. Létondji Béhéton estime qu'il faudrait environ 3,7 milliards de dollars d'investissements et 28 unités industrielles intégrées pour transformer l'ensemble de la production cotonnière béninoise.

 

À terme, cette industrialisation, dira-t-il, pourrait générer une valeur marchande comprise entre 12 et 14 milliards de dollars par an et permettre la création d'environ 250 000 emplois.

Ces chiffres illustrent l'ampleur des investissements encore nécessaires pour faire du Bénin, puis d'autres pays africains, des fournisseurs majeurs de vêtements destinés au marché européen.

 

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