Des chercheurs dans un laboratoire de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) du Maroc
Et si de minuscules organismes marins pouvaient contribuer à transformer l’agriculture béninoise ? C’est l’une des perspectives présentées par le professeur Hicham El Harroussi, chercheur à l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) du Maroc, lors d’un webinaire organisé le 14 juillet 2026 avec des journalistes béninois.
À travers un exposé consacré aux avancées de la biotechnologie des microalgues, le chercheur a montré comment ces micro-organismes photosynthétiques pourraient aider les pays africains à relever plusieurs défis agricoles : baisse de fertilité des sols, stress hydrique, impacts du changement climatique et faibles rendements des cultures.
Les microalgues, a-t-il expliqué, sont des organismes microscopiques capables de capter le dioxyde de carbone (CO₂) et de le transformer en biomasse grâce à la lumière. Selon le professeur El Harroussi, elles constituent une ressource renouvelable quasi inépuisable et présentent plusieurs avantages environnementaux. Elles peuvent être cultivées à partir d'eau de mer, sur des terres non arables, sans entrer en concurrence avec les cultures alimentaires pour l'accès aux terres agricoles ou à l'eau douce.
Depuis 2010, les chercheurs marocains ont constitué une importante collection de microalgues issues du littoral du pays et développé diverses technologies de culture, notamment des photobioréacteurs et des bassins pilotes destinés à leur valorisation industrielle.
Biostimulants, biofertilisants et biopesticides
Les recherches menées au Maroc ont débouché sur plusieurs dérivés destinés principalement à l'agriculture. Parmi eux figurent les biostimulants, les biofertilisants et des produits de biocontrôle capables de renforcer la résistance des plantes face aux maladies.
Les biostimulants ne nourrissent pas directement les plantes. Leur rôle, d’après El Harroussi, consiste plutôt à stimuler leurs mécanismes naturels afin d'améliorer leur capacité à absorber les nutriments, à résister à la sécheresse, à la salinité ou encore aux attaques de pathogènes. Ils agissent également sur la microflore du sol, contribuant ainsi à maintenir l'équilibre biologique des écosystèmes agricoles.
Les biofertilisants, quant à eux, apportent des éléments nutritifs tels que l'azote, le phosphore et le potassium grâce à des formulations organiques élaborées à partir d'espèces de microalgues riches en nutriments. Leur utilisation améliore progressivement la fertilité des sols et contribue à leur restauration.
Selon les résultats des expérimentations conduites au Maroc, ces intrants biologiques permettent d'obtenir des gains de rendement compris entre 15 % et 30 % selon les cultures et les conditions de production. Ils participent également à la récupération des terres dégradées.
Une réponse aux défis du changement climatique
Le développement des produits à base de microalgues s'inscrit dans un contexte de multiplication des stress climatiques. Hausse des températures, sécheresses récurrentes, salinisation des sols et prolifération de nouvelles maladies affectent de plus en plus les productions agricoles.
Face à ces défis, les biostimulants issus des microalgues apparaissent comme de véritables « armes antistress », selon le chercheur marocain. Leur utilisation permettrait de réduire le recours aux pesticides chimiques tout en améliorant l'efficacité des fertilisants conventionnels.
Quel intérêt pour la filière coton au Bénin ?
Premier produit d'exportation du Bénin, le coton est confronté à plusieurs difficultés : dégradation progressive des sols, variabilité climatique, coûts élevés des intrants et baisse de la fertilité dans certaines zones de production.
Les résultats obtenus au Maroc ouvrent ainsi des perspectives intéressantes pour la filière cotonnière béninoise. L'utilisation de biostimulants à base de microalgues pourrait renforcer la résistance du coton aux épisodes de sécheresse, améliorer l'efficacité des engrais minéraux et contribuer à restaurer les sols appauvris.
Les biofertilisants pourraient également être utilisés en complément des engrais conventionnels afin d'améliorer la qualité biologique des sols sans remettre en cause les impératifs de productivité. Cette approche, explique le chercheur, est particulièrement pertinente pour un pays comme le Bénin, où la durabilité de la production cotonnière constitue un enjeu économique majeur.
Au-delà du coton, ces innovations pourraient bénéficier à d'autres filières agricoles nationales, notamment le maïs, le riz, le soja, les cultures maraîchères et les arbres fruitiers.
Une biotechnologie du présent et de l'avenir
Pour le professeur Hicham El Harroussi, la biotechnologie des microalgues représente déjà une réalité industrielle. Au Maroc, plusieurs entreprises développent des applications dans l'agriculture, l'alimentation, la cosmétique ou encore la bioénergie. Une startup spécialisée, Tecalga, prépare notamment la commercialisation de biostimulants issus de ces recherches.
« Les biostimulants et les biofertilisants sont l'avenir de l'écologie agricole », estime le chercheur, convaincu que ces solutions biologiques joueront un rôle croissant dans les systèmes agricoles de demain. Pour le Bénin, où le coton demeure un pilier de l'économie nationale, l'expérience marocaine pourrait offrir des pistes d'innovation pour concilier hausse des rendements, restauration des sols et adaptation au changement climatique.
0 commentaire
0 commentaire