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Grève des médecins en spécialisation au Bénin : les plaintes des disciples d'Hippocrate

Grève des médecins en spécialisation au Bénin : les plaintes des disciples d'Hippocrate

Depuis quelques jours au Bénin la condamnation de trois professionnels de santé dans l’affaire du décès d’une patiente suite à une césarienne au Centre hospitalier universitaire départemental de l’Ouémé (CHUD-Ouémé) suscite de vives réactions au sein du corps médical. Sur les réseaux sociaux, plusieurs médecins en formation de spécialisation dénoncent leurs conditions de travail et se plaignent du système hospitalier.

Depuis quelques jours au Bénin la condamnation de trois professionnels de santé dans l’affaire du décès d’une patiente suite à une césarienne au Centre hospitalier universitaire départemental de l’Ouémé (CHUD-Ouémé) suscite de vives réactions au sein du corps médical. Sur les réseaux sociaux, plusieurs médecins en formation de spécialisation dénoncent leurs conditions de travail et se plaignent du système hospitalier.

Illustration médecin africain

Illustration médecin africain

Les langues se délient dans le rang des médecins en spécialisation, étudiants en médecine et internes. Sur les réseaux sociaux, ces professionnels de santé décrivent un environnement de formation marqué, selon eux, par l’absence de statut clair, des responsabilités importantes et des conditions de travail jugées difficiles. 

 

Ces plaintes interviennent suite à la condamnation le 11 mars 2026 de deux médecins en spécialisation dans une affaire de décès après césarienne.

 

Des témoignages qui décrivent un système sanitaire pas digne du “Bénin révélé”

 

Sur les réseaux sociaux, plusieurs médecins en spécialisation ont choisi de raconter leur quotidien dans les services hospitaliers.

 

Le 12 mars 2026, le médecin Sagesse Sourial Ochoffa publie une tirade dans laquelle, il affirme que la condamnation de ses collègues révèle « les failles du système de santé». 

 

« Prenons l’exemple de l’hémorragie sévère. L’un des moyens modernes de contrôle est l’embolisation. Mais que faire lorsque le plateau technique ne permet pas ce type de prise en charge ? On se retrouve alors contraints d’utiliser des solutions plus radicales, comme l’hystérectomie d’hémostase, qui doit être réalisée précocement pour éviter l’installation d’une CIVD consécutive à un choc hémorragique mal contrôlé. Et malheureusement, ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres », témoigne-t-il.

 

Il dit ne pas être contre le fait que justice soit rendue. «Mais la justice ne doit pas s’arrêter aux conséquences. Elle doit aussi regarder les causes», écrit-il.

 

Dans un autre message publié le même jour, le médecin Moïse Koudouss Toafodé décrit la surcharge de travail dans certains services hospitaliers. Il invite les internautes à se mettre à la place des soignants qui doivent assurer simultanément consultations prénatales, urgences obstétricales, accouchements, interventions chirurgicales et suivi postopératoire, parfois dans des structures où un seul spécialiste couvre plusieurs communes.

 

Le 14 mars 2026, Fulbert Pascal Ahomagnon, médecin en quatrième année de spécialisation en traumatologie orthopédique, raconte également le calvaire des DES sur son compte Facebook. Il explique suivre sa formation depuis plusieurs années dans les hôpitaux publics du Bénin tout en payant lui-même les frais universitaires, sans rémunération.

 

Il raconte avoir été stagiaire aux urgences en Europe. «J'avais un salaire, j'avais un logement, j'avais tous les moyens à ma disposition pour bien faire mon travail, j'avais même un véhicule pour mes déplacements entre les deux sites de stage et malgré celà, j'ai obligation de moyens (car il y avait tous les moyens) mais pas obligation de résultat », a-t-il narré.

 

Dans son témoignage, il affirme vivre essentiellement grâce aux économies réalisées lors de stages effectués à l’étranger. Selon lui, cette situation concerne de nombreux médecins en spécialisation. « Les DES n'ont aucun contrat de travail. Les DES n'ont même pas de statut juridique », écrit-il.

 

«Personne n'a idée des conditions dans lesquelles les patients sont pris en charge, de tout ce qu'on fait jusqu'à perdre quand même un patient», peut aussi lire dans son post.

 

La genèse de cette affaire

 

L’affaire remonte au 17 décembre 2025. Dans une publication sur Facebook le 25 janvier 2026, Marius Godonou, denonce les circonstances dans lesquelles il a perdu son épouse au CHUD Ouémé.

 

Dans son témoignage, il affirme que son épouse a subi une prise en charge tardive après une césarienne. « Après quatre heures de saignement, il se décide enfin à la ramener au bloc pour reprendre l'opération. À 4h20 du matin, on la sort enfin du bloc pour la conduire en salle de réanimation », écrit-il, ajoutant que la famille serait restée sans nouvelles alors que la patiente était déjà décédée. Le témoignage devient viral et provoque une vague d’indignation.

 

À l’issue du conseil des ministres du 28 janvier 2026, le porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, assure que « l'alerte est parvenue jusqu’en haut lieu. Très vite, le chef de l'État a été informé ».

 

Il apprend aussi que des instructions ont été données, par Patrice Talon pour que « les responsabilités soient totalement situées et que, s'il y a des gens qui doivent répondre de négligence ou de fautes professionnelles, que cela soit le cas ».

 

Le 11 mars 2026, une gynécologie et deux médecins en spécialisation de nationalité congolaise ont été reconnus coupables. Ils ont été condamnés à 24 mois de prison, dont 12 fermes. Les mis en cause sont également condamnés à payer chacun une amende 200 000 FCFA. Ils sont aussi astreint à payer 5 millions de francs CFA à titre de « dommages et intérêts à la famille» de la jeune femme décédée. Une aide soyante préalablement inculpée pour non-assistance à personnes en danger a été acquittée. 

 

Suspension des stages hospitaliers

 

Cette condamnation a fait réagir l'Association des étudiants en médecine de Cotonou. Le 12 mars 2026, le bureau exécutif de l’Association des étudiants en médecine de Cotonou (AEMC) annonce la suspension des stages hospitaliers «jusqu’à nouvel ordre».

 

Dans une note adressée aux étudiants, l’association explique que cette décision vise à exprimer la solidarité envers les médecins en spécialisation incarcérés et à alerter sur l’absence de cadre clair définissant les responsabilités des étudiants en milieu hospitalier.

 

La festiaire estudiantine estime qu’aucun document officiel ne définit clairement leurs droits, leurs attributions et les limites de leurs responsabilités.

 

Le collectif des médecins en spécialisation et des étudiants en médecine générale du Bénin abonde dans le même sens. Dans un communiqué publié le 13 mars 2026 sur sa page Facebook, il souligne que les étudiants inscrits dans les Diplômes d’études spécialisées (DES) jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement quotidien des hôpitaux.

 

Il indique que les DES ne disposent ni d’un statut juridique clairement défini, ni d’un cadre précis de responsabilité professionnelle, ni de garanties institutionnelles adaptées à leur situation de formation. Une situation qui, selon le collectif, les expose à des responsabilités lourdes dans un système hiérarchisé.

 

Les étudiants affirment que leur mobilisation vise avant tout à attirer l’attention sur ces difficultés structurelles et à ouvrir un dialogue avec les autorités pour clarifier leur statut et améliorer leurs conditions de formation.

 

L’Ordre des médecins appelle au calme

 

Face à la tension provoquée par cette affaire, l’Ordre national des médecins du Bénin appelle à la retenue. Dans un communiqué publié le 14 mars 2026, l’institution invite les professionnels de santé « au calme, a la retenue et à la solidarité» envers leurs collègues condamnés.

 

«Nous comprenons l’émotion que suscite ce jugement, mais il est essentiel de préserver la dignité de notre profession et de continuer à défendre les valeurs qui nous unissent», exhorte le conseil national de l’ONMB dans son communiqué.

 

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